Le frère Hubert Cornudet vit au couvent de Lille. Il travaille pour Caritas International (le Secours Catholique).
Je collabore au réseau Caritas en Europe depuis bientôt dix ans. Auparavant assigné au couvent international de Bruxelles, j’étais plus particulièrement chargé de suivre les politiques sociales de l’Union européenne et les impacts sociaux des différents élargissement que l’Union européenne a connus dans les pays limitrophes.
Entre la puissante Caritas en Allemagne et la modeste Caritas en Russie notre réseau regroupe quarante-huit organisations membres collant aux réalités nationales. Les liens entre chaque Caritas et les conférences épiscopales sont souvent différents. Certaines Caritas mènent des actions de plaidoyers, d’autres se concentrent sur des aides aux personnes. Certaines ont une sensibilité, une expérience et une réflexion pour la construction de plus de justice sociale. L’exercice de la charité contribue toujours à la construction d’un monde plus juste.
Benoît XVI dans son encyclique Deus Caritas est insiste sur la nécessaire professionnalisation des réseaux de l'Église catholique pour qu’ils aient un impact réel sur l’éradication de la pauvreté et la construction d’un monde plus juste. En apparence il semble que rien ne bouge et que le fossé entre riches et pauvres s’élargit. Pourtant des signes encourageants existent, comme par exemple la prise de conscience que le capitalisme financier qui nous entoure nous mène dans le mur. Un exemple d’une activité de plaidoyer de notre réseau dans le monde : le cardinal Ramirez, président de Caritas Internationale, plaide auprès des grands de ce monde pour la constitution d’une Cour pénale internationale pour juger les délits financiers. Au niveau européen, Caritas plaide pour la reconnaissance du bénévolat (protection juridique des bénévoles). Très engagée sur la question des flux migratoires, Caritas Europa veille aussi à former ses membres sur les règles européennes qui régissent le droit d’asile politique.
Former les regards, libérer la parole, analyser les discours sont autant d’actions qui nécessitent des compétences, des ressources, des moyens, des Caritas , pour lutter contre l’exclusion précaires et fragiles 17 méthodologies. À chacun de « prouver » que la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale comportent des enjeux de santé économique et politique pour tous. À chacun de « prouver » que la subsistance du lien démocratique ne peut faire l’impasse du combat pour la remise au centre de ceux que nos sociétés condamnent à la marge. Seule une formation soutenue de l’opinion publique pourra influencer les gouvernements pour qu’ils traduisent sérieusement en politiques concrètes la lutte contre la pauvreté.
Les frères prêcheurs contribuent aussi, à leur manière, aux changements de regards sur les réalités. Ils tentent vaillamment de former les regards afin de dépasser l’aide pour échanger, dépasser la compassion pour donner des droits, dépasser l’hospitalité pour donner de vraies places, ne pas gérer les conflits mais animer la confrontation.
Mais comment changer ce monde injuste ? Nous sommes appelés, d’abord, à aller résolument aux sources de la foi : la prière, la Parole de Dieu, la fraternité vécue, l’exercice de la charité. Dans un tel panorama, l'Église ne peut que se réjouir d’avoir en son sein un réseau tel que Caritas. Il me semble que nous avons la responsabilité de convertir nos propres structures d'Église. L'Église n’est pas faite pour se montrer, mais pour désigner le mystère du Christ et pour en être elle-même le signe.
Frère Hubert Cornudet, o.p.
■ Cet article est paru dans le numéro 47 de la revue Amitiés Dominicaines. Abonnement gratuit sur simple demande en écrivant à contact @ dominicains.fr




