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Marche silencieuse pour les chrétiens d'Irak

A l’appel de la paroisse Saint-Ephrem des Chaldéens (Vaux-en-Velin), une marche silencieuse pour la paix a réuni ce matin environ 1500 personnes. Elles ont cheminé depuis la place Bellecour jusqu’à celle de l’Hôtel de Ville.

En mémoire des victimes, des jeunes originaires d’Irak avaient préparé leurs banderoles : « Donnez nous la paix, nous vous donnerons des merveilles », « Stop au massacre des chrétiens en Irak » ou encore « Trop de sang versé, ne touchez plus à nos églises ».
 Silencieusement et lentement, le cortège s’est élancé dans la rue de la République, où spontanément des « Ave Maria » ont été entonnés, en latin, puis en arabe.

Parvenu sur les marches de l’Hôtel de Ville, le frère Muhannad Altawil, de la Mission Chaldéenne, a pris la parole en ces termes :

« Éminence, Monseigneur,
 Chers frères prêtres, frères et sœurs religieux,

Mes chers paroissiens de la Paroisse St-Ephrem,

Et vous tous chers amis qui êtes avec nous,

Tristesse, indignation, larmes, détermination et courage, c’est ce que le massacre du dimanche 31 octobre dans la Cathédrale Syriaque Notre-Dame du Perpétuel Secours m’a profondément fait ressentir.

Tristesse parce que ce massacre montre une fois de plus comment l’être humain est aveuglé par la violence et la sauvagerie qui ravagent à tel point notre monde. L’homme pense faussement que l’autre est le rival par excellence qui tente de voler son droit d’exister et de vivre correctement ou dignement. C’est pour quoi l’autre ne mérite pas de vivre. L’autre est celui qui ne partage pas forcément mon opinion, ma religion, ma race, ma langue… etc. J’ai été attristé par ce crime, ce massacre sauvage qui prouve que l’homme d’aujourd’hui est envahi par une haine profonde vis-à-vis de son frère.
 Tristesse parce que l’Eglise d’Irak ne cesse d’être considérée par les intégristes, les fondamentalistes comme une source de menace, de méchanceté, et les chrétiens comme des mécréants qui ne méritent pas la vie ou le droit d’exister.
 Tristesse parce que nous ne trouvons pas la fin du tunnel sombre et noir de la persécution de l’Eglise d’Irak. Tristesse parce que le vrai sens du message de Dieu a été modifié, manipulé et totalement renversé par les hommes.

Indignation, parce que la religion est devenue une source qui sème la zizanie et la provocation au sein de son peuple, bien que Dieu soit miséricordieux et plein d’amour et de tendresse. Indignation, parce que ce qui s’est passé à la cathédrale Syriaque de Bagdad est inhumain. Des hommes, femmes, enfants et personnes âgées innocents qui priaient Dieu pour Lui demander une seule chose, de faire régner Sa paix en Irak, leur pays et le pays de leurs ancêtres, sont tués, massacrés sans pitié. Leur seule arme était la prière. Ils n’étaient pas dans un champ de bataille pour affronter un ennemi lourdement armé, mais ils avaient tout simplement les mains vides et ouvertes pour accueillir la vie et saluer leurs frères et sœurs.
 Indignation, parce qu’il y a des voix qui encouragent et soutiennent cet acte de barbarie, en sachant qu’encourager, c’est être complice de crime. Indignation, parce que notre propre pays est incapable de nous protéger, et contribue peut-être à nous écarter, à nous pourchasser et à nous effacer de la carte irakienne. Indignation, parce que le silence a tué et continue de tuer les chrétiens d’Irak ; silence à intérieur et à extérieur de l’Irak. Ce silence étonnant qui n’a qu’une seule explication, de se réjouir de voir ces chrétiens mourir petit à petit sans tirer la sonnette d’alarme pour réveiller les défenseurs des droits de l’Homme et la conscience endormie du monde.

Larmes, parce que plusieurs personnes ont trouvé la mort en laissant derrière elles, un enfant orphelin, une veuve ou des parents qui crient la perte de leur enfant unique. Larmes, parce que deux serviteurs de la Bonne Nouvelle ont donné leur vie au début de leur route de ministère de prêtre, au moment où justement l’Eglise cherche des vocations déterminées, zélées pour travailler sans peur pour aider le peuple d’Irak blessé et fatigué. Larmes parce que ce massacre est arrivé comme une réponse au Synode des Eglises Orientales qui venait de s’achever à Rome et qui priait les gouvernements des pays orientaux de maintenir à tout prix la présence chrétienne sur leur terre. Larmes, parce que les multiples guerres n’ont pas abimé seulement l’infrastructure de l’Irak mais plutôt ont démoli la dignité même des Irakiens. Et Larmes enfin, parce que l’homme d’aujourd’hui en Irak et dans plusieurs endroit de monde perd son humanité.

Détermination et courage, parce que l’Eglise, dès le 1er siècle, est née juste à la suite de la mort de Celui qui s’est livré pour elle. Détermination et courage, parce que Jésus n’a pas hésité à se livrer à la mort pour sauver la multitude des hommes. Détermination et courage, parce que le sang versé sur la Croix a donné un fruit qui a résisté à toutes les mauvaises vagues durant toute l’histoire de l’humanité. Détermination et courage, parce que les prêtres et les fidèles de la Cathédrale Syriaque ont suivi le chemin de Jésus et leur sacrifice au cours de l’eucharistie est devenu un témoignage vivant qui nourrit la foi des chrétiens du Moyen Orient et du monde entier. Détermination et courage, parce que l’Eglise en Irak a déjà subi des persécutions et a réussi à résister jusqu’à aujourd’hui, et elle résistera encore demain et après demain tant qu’il y aura des hommes et des femmes prêts à tout donner à cause de leur foi. Détermination et courage, parce que nos Églises d’Orient ont gagné de nouveaux saints martyrs, courageux et plein de zèle.
 Détermination et courage, parce que vous êtes là, vous qui aimez la paix et qui rejetez la violence et la haine, vous qui croyez que le rôle de toutes les religions est de proclamer l’amour de Dieu pour tout homme quelle que soit sa croyance. Détermination et courage, parce que notre marche aujourd’hui se tient le 11 novembre, anniversaire de la fin de la guerre mondiale qui a beaucoup épuisé l’Europe. Que cette commémoration puisse marquer également la fin de la violence, des divisions et de la haine qui détruisent le peuple irakien.

Gardons frères et sœurs, ces martyrs, dans notre mémoire. Qu’ils soient pour nous une lumière forte qui nous pousse à travailler à la paix en vivant ensemble dans la Tolérance et le Don de soi quelles que soient notre race, notre religion ou nos opinions politiques.

Au nom de tous les paroissiens de la paroisse Saint-Ephrem, je vous remercie d’être venus si nombreux aujourd’hui pour manifester non seulement votre sympathie et votre solidarité avec vos frères et sœurs d’Irak, mais aussi pour manifester notre rejet total de tout acte de violence dans nos sociétés et partout dans monde.

Merci encore à vous tous, votre présence est très importante pour nous. »

Père Muhannad Altawil, Mission chaldéène
 Jeudi 11 novembre 2010

Marche silencieuse pour les chrétiens d'Irak