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Couvent du Saint-Nom
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fr. Ange Rodriguez Le frère Ange Rodriguez, du couvent du Saint-Nom-de-Jésus, est l'exorciste du diocèse de Lyon.
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Homélie du couvent du Saint-Nom-de-Jésus pour le dimanche de la joie

Au temps de la messe en latin, on appelait ce dimanche troisième de l’Avent le dimanche de « gaudete », premier mot de l’introito, qui signifie « soyez dans la joie ».
C’est donc dans la joie que nous célébrons cette eucharistie, car Noël est déjà à la porte, et c’est sur la joie que je vous invite à réfléchir au commencement de cette action de grâces.

On parle partout de la joie ; on parle tout le temps de la joie ; on nous sollicite constamment, dans les médias et les publicités, pour que nous soyons dans la joie (je regardais il n’y a pas longtemps une publicité très luxueuse sur une marque de voiture, qui n’hésitait pas à mettre : « La vraie joie c’est de posséder une… je ne dis pas le nom de l’objet pour ne pas leur faire de la publicité gratuite…) Or, de joie, il n’y en a point ! Ce monde-ci, notre monde, est tristissime !
Il y en aurait parmi vous, surtout parmi ceux qui ont la chance d’avoir un bon compte en banque, une résidence secondaire, une voiture de luxe comme celle de la publicité, un bon emploi, une bonne santé, un conjoint aimant et des enfants qui réussissent, plus un chat persan et un caniche nain, pour me dire : Mon Frère : vous dramatisez ; la vie peut être aussi très agréable.
Mais j’ironise car, vous le savez bien, la grande majorité des gens ne possèdent pas toutes ces choses-là, et nous savons tous qu’on peut les posséder et être malheureux comme un caillou.
La Joie. On définit la joie comme l’état affectif, émotionnel, des hommes et des femmes qui s’épanouissent quand ils arrivent à obtenir, à posséder, un bien qu’ils désiraient. La joie est très souvent synonyme de plaisir. Vous le voyez de manière particulière en ces temps qui précèdent la fête. Regardez les enfants - et pas que les enfants, les adultes aussi - le cœur plein de convoitise pour tel ou tel objet. Vous allez le leur offrir, pour leur faire plaisir , et, quand ils les auront entre leur mains, ils seront dans la joie…

Est-ce vraiment cela, la joie ?

L’homme connaît la joie parce qu’il est un être de désir . Oui ; je viens de vous le dire. Nous désirons toujours quelque chose. Nous désirons tout le temps quelque chose. Dans le manger et le boire, dans la sexualité, dans la possession des choses, dans la vie professionnelle, sociale ou politique… Et quand on obtient l’une ou l’autre de ces choses, nous avons de la joie…
La réalité est tout autre. Car l’homme n’est pas seulement un ensemble cellulaire, avec un psychisme, fait pour manger, boire, jouir tant bien que mal, plutôt plus mal que bien, pour finir ensuite dans une sorte de glissade stupide et lamentable dans un trou de la terre.
L’homme est autre chose . Nos frères chrétiens de l’Orient disent que l’homme est capax Dei , c’est à dire : Capable de Dieu, capable de connaître Dieu, d’entrer en relation avec Dieu, de s’unir à Lui et de l’aimer : Capable de devenir lui-même Dieu en partageant avec Lui le même esprit, l’Esprit Saint.
L’homme a sa chair, c’est vrai, avec ses lenteurs et ses pesanteurs, mais il est aussi, et surtout, un être spirituel, créé par Dieu et pour Dieu, il ne peut, il ne pourra jamais trouver le repos, comme disait Saint Augustin , il ne pourra jamais trouver la joie parfaite que dans son union avec Dieu.
Nous pouvons, par nous-mêmes, faire monter le plaisir en nous, en nous réalisant dans nos aspirations familiales, professionnelles et sociales. Nous pouvons, par nous-mêmes, faire naître le plaisir en nous, comme nous le disions il y a un moment. Nous pouvons, par nous mêmes, faire naître des petites joies éphémères. Chaque année, après les fêtes, nous faisons irrémédiablement la même constatation : la joie du moment immédiat du don, la joie certaine qu’il comporte, et ensuite… la fragilité de cette même joie.

Mais nous ne pouvons pas mettre la main sur ce que est la cause de la joie parfaite : Nous ne pouvons pas mettre la main sur Dieu !
Nous ne pouvons pas nous unir à lui s’Il ne veut pas se donner à nous : C’est pour cela que nous ne pouvons recevoir la joie parfaite que comme une grâce. Et cette grâce, de se donner à nous, Dieu nous l’a faite en nous donnant son Fils Jésus. Si nous accueillons ce Don de Dieu qui est Jésus, nous connaîtrons la joie, car c’est lui, Jésus, qui est la joie parfaite ! Tel est la Bonne Nouvelle que nous avons dans l’Evangile.
Jésus nous dit, dans l’Evangile, qu’après avoir félicité ses serviteurs, il les invitera à entrer dans la joie. Que, parce que l’Epoux est là, la tristesse et le deuil sont exclus. Dans les béatitudes, il nous dit que les pauvres, les doux, ceux qui pleurent, ceux qui souffrent pour la justice, pourront se réjouir. Il nous parle du pardon, source de joie intérieure. Souvenez vous de la parabole du trésor enfui, de la perle précieuse, de la drachme retrouvée, de la brebis égarée, du fils prodigue…
Dieu vient à nous, là, le jour de Noël. Et il vient à nous dans la fragilité d’un petit enfant, les mains tendues vers nous pour se jeter dans notre cœur, si nous lui ouvrons la porte. Il nous dit, tout au long des évangiles, qu’il est venu pour nous apporter la joie parfaite, la joie qui ne finit pas.
La joie de savoir que notre pauvre vie a un sens, qu’elle n’est pas absurde même quand nous sommes meurtris, ou quand nous pensons que nous l’avons ratée.
La joie de savoir que nous sommes pardonnés, même si nous sommes descendus très bas dans l’indignité et le péché. La joie de la certitude que Dieu ne se dégoûte jamais de nous. Nous nous voyons nous mêmes très bas, et nous sommes tentés de nous mépriser nous-mêmes, piégés par notre propre orgueil, car le mépris est l’expression la plus raffinée de l’orgueil.

Or, dans l’orgueil, dans le mépris de soi-même, nous avons la source mortifère de l’opposé à la joie : la source de la tristesse
Dieu, le Tout Puissant, vient vers nous là, dans une mangeoire, dans l’humilité la plus profonde, pour détruire notre orgueil, et il nous dit : Prends-moi dans ton cœur ; je me donne à toi : donne-toi à moi. Si tu m’accueilles dans mon humilité, tu deviendras humble comme moi, et tu connaîtras la joie.
La joie de celui qui accueille Jésus ne fera plus qu’un avec la joie même de Dieu Notre Père. Le motif fondamental de la joie du chrétien c’est de se savoir personnellement l’objet de l’amour et de l’affection de Dieu lui même. Nous aurons là la joie de nous savoir aimés, indéfectiblement, pour toujours, pour l’éternité…
On raconte d’un spirituel qui aurait eu la vision d’un compagnon décédé. Il lui demanda : « Comment c’est, le ciel ? ». Et l’autre lui répondit : « J’y suis tellement aimé… »

Homélie du couvent du Saint-Nom-de-Jésus pour le dimanche de la joie