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Couvent du Saint-Nom
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fr. Ange Rodriguez Le frère Ange Rodriguez, du couvent du Saint-Nom-de-Jésus, est l'exorciste du diocèse de Lyon.
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Homélie du couvent du Saint-Nom-de-Jésus : Le Royaume de Dieu

Nous avons, dans ce passage de l’évangile que nous venons d’entendre, comme l’écho du chapitre 11 de Matthieu, quand des disciples de Jean Baptiste viennent demander à Jésus s’il est vraiment celui qui doit venir, ou si l’on doit attendre la venue d’un autre (Mat 11, 2-6).

Jésus leur répond : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres ». Et il ajoute la seule note personnelle du message : « Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi ».

Vous pouvez remarquer que, dans les deux cas, Jésus ne parle pas de lui directement. Comme dans les tentations aux désert, il fait appel, pour sa réponse, au témoignage de Saintes Ecritures, et il pousse ses interlocuteurs à tirer eux-mêmes les conséquences : Voici ce que dit le prophète, et regardez ce que je fais : A vous de juger maintenant.

Jésus fait cela parce que, comme il dit lui-même, il ne pas venu pour porter témoignage sur lui-même ; il ne pas venu pour prouver quoi que ce soit sur lui-même, mais pour rendre témoignage de la présence du royaume de Dieu parmi les hommes. Il ne peut pas se situer dans sa mission en dehors de l’attente messianique de son peuple. Jean le Baptiste lui demande : « Es-tu celui qui doit venir ? » Et Jésus répond : « Racontez-lui ce que vous avez vu et entendu ». Vous voulez savoir si je suis l’homme providentiel, et je vous répond : regardez et voyez si le Royaume de Dieu est déjà à l’œuvre parmi vous.

Sous une autre forme, c’est ce qu’il vient de dire et faire à Nazareth. Il ne dit pas : je suis le Messie. Il leur dit que les signes de la présence du Royaume de Dieu sont déjà là, sous leurs yeux.

Or, ce Royaume de Cieux ne se laisse pas saisir facilement. Personne ne sait très bien ce qu’il est , ce royaume de Dieu, et, bien qu’il soit au centre de la prédication de Jésus, il ne le définit jamais. Si le Royaume de Dieu est proche, il faudrait expliquer sa proximité ; s’il est déjà là, il faudrait bien expliquer aussi pourquoi il n’est pas visible aux yeux de tous, et quand va-t-il intervenir.

On a fait un tel usage de ce mot, Royaume des cieux, que quelques rectifications s’imposent.

On a d’abord renvoyé le royaume au-delà de la mort : « Mon royaume n’est pas de ce monde ». C’est le paradis au-delà de l’Histoire. Or, ce qui est pour l’au-delà de l’Histoire, pour le temps de Dieu, c’est l’accomplissement du royaume , mais le Royaume, dans sa dimension salvifique et sanctifiante est vraiment au milieu de nous.

Ensuite, si l’on envisage le Royaume pour l’au-delà, on en fait un usage souvent pernicieux : « Résignez-vous, vous les pauvres et les déshérités ; bien plus, réjouissez-vous. Car plus vous aurez été malheureux sur cette terre, plus grande sera votre récompense dans le royaume des cieux… On risque ainsi de conforter les pouvoirs et les richesses, faisant disparaître la virulence subversive des évangiles : « Il renverse les puissants de leur trônes et il élève les humbles… Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.

Les verbes sont au présent et non au futur.

Quel est donc le sens de ce mot dans la pensée biblique et , partant, dans la pensée de Jésus de Nazareth ?
Le Royaume de Dieu n’a absolument rien à voir avec nos notions de territoire présidé, dominé, dirigé et gouverné par un individu qu’on appelle le roi. Dans ce sens, le Royaume de Dieu est toute la terre et tout ce qui existe. Le Royaume de Dieu, pour les juifs, est une manière de désigner Dieu lui-même, ce qu’on appelle l’essence divine. Littéralement, dans la Bible, c’est le pouvoir souverain de Dieu, ou la seigneurie divine. On aurait pu parler simplement de « Dieu », mais, du temps de Jésus on évitait de le nommer directement.

Remplacez maintenant le mot Royaume par « pouvoir souverain de Dieu » ou par « seigneurie divine », ou tout simplement pour « Dieu », et vous verrez que les paroles des évangiles s’éclairent d’une lumière nouvelle :

Le Royaume de Dieu est proche : Dieu est proche ; préparez-vous pour accueillir le Royaume qui vient : préparez-vous pour accueillir Dieu qui vient ; le Royaume de Dieu est au milieu de vous : Dieu est au milieu de vous …

Les juifs attendait donc que Dieu lui-même se rapproche de son peuple, que Dieu vienne (que ton règne vienne, nous dit Jésus), et cette proximité de Dieu était attendue comme bonne pour les hommes. Ils attendait que Dieu vienne, pas pour s’installer dans une tente, comme dans le désert, ni dans un temple de pierre, mais dans le cœur de l’homme, pour y recevoir la vraie adoration filiale. Son Royaume, sa présence parmi nous, sera source de justice, de joie et de paix pour tous. Il viendra « non pas pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé » (Jn 3,17) et pour qu’il ait la vie et qu’il l’ait en abondance. Les péchés des hommes seront pardonnés et Dieu se réconciliera définitivement avec ses enfants. Ce n’est pas seulement la maladie, la souffrance et la mort qui vont à leur terme, mais aussi la pauvreté et l’oppression. Le Royaume de Dieu, la présence de Dieu parmi nous, est un message de vie pour les pauvres, pour ce qui peinent et sont accablés par leur fardeau… C’est un message de pardon, de justice, de liberté, de fraternité et d’amour.

Or, qu’est-ce que Jésus vient nous dire ? Il vient nous dire que le Royaume de Dieu, le Pouvoir souverain de Dieu, Dieu lui-même , s’est effectivement approchée de nous, Il est au milieu de nous, s’est approché de nous au plus près ; tellement proche de nous qu’Il ne fait qu’un avec un homme : lui-même, Jésus de Nazareth. Et c’est à nous de découvrir en lui cette présence de Dieu qui guérit, qui console, qui nous aime et nous sauve.

Le Royaume de Dieu, le pouvoir souverain de Dieu, Dieu au milieu de nous nous guérissant et nous sauvant, est en rapport essentiel avec la personne de Jésus de Nazareth. C’est pour cela que l’on trouve dans l’action de Jésus tout ce que l’humanité attendait de la venue, de la proximité de Dieu parmi nous. Ils attendaient l’amour et la tendresse de Dieu, et Jésus est tout amour et tendresse ; ils attendaient le pardon des péchés, et Jésus leur accorde le pardon sans qu’ils aient plus besoin d’aller au temple pour offrir à Dieu un mouton ; ils attendait la guérison, et Jésus les guérissait de toutes leurs maladies ; ils attendaient la proximité de Dieu, et Jésus leur dévoile la paternité de Dieu ; ils se sentaient oppressés par la tyrannie du démon, et Jésus chassait les esprits impurs. Ils découvrent que Jésus, en sa personne, dans ses actes, est lui-même le Royaume de Dieu parmi nous, qu’il est le pouvoir souverain de Dieu parmi nous, qu’il est la seigneurie divine parmi nous. Quand Jésus parle, ils entendent Dieu qui leur parle ; quand Jésus agit, il voient Dieu qui agit. : C’est l’Emmanuel, ce qui veut dire : Dieu avec nous.

A notre époque, leur expérience est la notre. Nous avons à découvrir, dans notre monde, dans nos vies, le signes du Royaume, les signes de la présence aimante de Dieu parmi nous, près de nous et en nous. Nous n’avons qu’à regarder les signes des temps, pour nous apercevoir que Dieu est proche de nous, que son pouvoir souverain est à l’œuvre pour transformer nos âmes et pour transformer le monde.

Jésus ressuscité n’a pas d’autre corps visible que le notre. Nous sommes son corps, qui est l’Eglise. Nous le chantons souvent : « Vous êtes le corps du Christ, vous êtes le sang du Christ… » C’est par notre foi, notre espérance et notre charité que nous poursuivons son œuvre dans le monde, et que nous devenons les témoins de la présence du Royaume parmi nous. Quand nous aimons nos frères, quand nous avons le souci de la vérité , quand nous avons le sens de la justice, quand nous avons le souci des plus petits et des plus pauvres, quand nous comprenons l’exigence du partage et que nous nous affirmons frères en Jésus- Christ et frères de Jésus- Christ, nous proclamons le Royaume. Oui : nous affirmons, qu’en Jésus, Dieu s’est approché de nous au plus près, pour ne plus jamais nous abandonner.

C’est en nous voyant exister à l’image de Jésus que les hommes et les femmes de notre monde diront : Oui, Dieu ne nous a pas abandonnées ; il est venu parmi nous et il est avec nous.

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