Le fr. Jean-Étienne Long, prieur du couvent du Saint-Nom-de-Jésus à Lyon, est le rédacteur en chef de la revue Lumière et Vie. Il est aussi l'aumônier de l'E.N.S. de Lyon.
Le 3 janvier 2012, les frères ont célébré la fête du Saint-Nom-de-Jésus dans l'église du même nom !
Dans le peuple hébreu, le nom d’une personne est choisi avec un soin particulier, parce qu’il indique une identité familiale, une relation aux ancêtres, et leur continuation, et en même temps il peut être une sorte de proclamation de foi, surtout quand il contient le nom de Dieu, il peut aussi indiquer une mission, une vocation spirituelle, un destin.
C’est pour cela que Zacharie et Élisabeth renoncent à appeler leur fils du nom de son père. Élisabeth dit : « Il s’appellera Jean », et Zacharie écrit sur sa tablette : « Son nom est Jean ». Cette petite écriture est toute une profession de foi, où l’on voit bien que Zacharie comprend qu’il n’a pas à donner lui-même un nom à son enfant quand cet enfant a déjà été choisi par Dieu et appelé à remplir une mission : son nom, il n’a pas à en décider, la réalité de sa mission et de son être est déjà donnée par Dieu : il s’appellera Jean, parce qu’il est Jean, de par la grâce de Dieu, il est grâce de Dieu accordée à ses parents, il est grâce de Dieu accordée à son peuple.
Et il en est encore ainsi pour le nom de Jésus qui n’a pas été choisi par les hommes, mais choisi par Dieu lui-même, et confié par l’Ange à Marie et Joseph. Eux aussi reçoivent de Dieu le nom de leur enfant, et ils en acceptent la mission et l’identité. À Marie lors de l’Annonciation, à Joseph lors d’un songe, l’Ange a dit : « Tu l’appelleras Jésus ». Jésus, c’est-à-dire « Dieu sauve ». Ni Marie ni Joseph ne disposent de son nom, car cet enfant est Jésus, de par le dessein de Dieu, il est réellement Dieu qui sauve, salut de Dieu, Dieu fait chair, corps livré pour notre salut, notre unique médiateur.
Et ce nom de Jésus est saint, non seulement de ce qu’il a été donné par Dieu, mais de ce qu’il désigne la sainteté divine de Jésus, il renvoie à la réalité même de la puissance de salut de Dieu. Si seul le nom de Jésus est saint, c’est que seul parmi tous les êtres humains, Jésus est Dieu et seul il est saint de la sainteté de Dieu.
Dire que le nom de Jésus est saint, c’est nous rappeler la sainteté de Jésus, et c’est lui attribuer la sainteté de Dieu, car Dieu seul est saint, et seul le nom de Dieu est saint, à ce point saint que les juifs ne le prononcent pas, pour manifester non pas une peur superstitieuse de sonorités magiques ou terribles, mais pour manifester leur foi en la transcendance du Très-haut, pour manifester leur adoration, leur reconnaissance de la divinité du Dieu unique et Très-haut, qui surpasse toutes les puissances de ce monde.
Avec Jésus, dans la lumière de la foi, avec la grâce de l’Esprit, il devient possible de prononcer le nom que Dieu a choisi de se donner à lui-même quand il vient habiter parmi nous.
En Jésus, Dieu se laisse appeler et prier, Dieu se laisse adresser la parole de l’amitié, de la fraternité, de la charité, parce qu’il veut être non seulement le Dieu très puissant de la création que l’on adore, non seulement le Dieu très saint de la Loi que l’on respecte et à qui l’on obéit, mais le Dieu tout proche, le Dieu très bon, le Dieu qui sauve, le Dieu de tendresse et de miséricorde, qui se révèle en Jésus, dans sa naissance, dans sa vie, dans sa mort et sa résurrection, le Dieu que l’on aime et que l’on suit.
Dieu l’insaisissable, Dieu qu’on ne peut nommer, s’est laissé voir et toucher, Il se laisse appeler et prier en Jésus : « qui m’a vu a vu le Père », « je suis dans le Père et le Père est en moi ». Mystère de la communion en Dieu, mystère que nous ne sommes pas appelés à contempler seulement de l’extérieur, mais où nous sommes invités à entrer, pour être par l’Esprit Saint configurés à Jésus, le Christ, le Fils unique, et devenir avec Lui, par Lui et en Lui, fils du Père, dans l’unité d’un même amour, dans la charité d’un seul Corps.




