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Couvent du Saint-Nom
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fr. Jean-Étienne Long Le fr. Jean-Étienne Long, prieur du couvent du Saint-Nom-de-Jésus à Lyon, est le rédacteur en chef de la revue Lumière et Vie. Il est aussi l'aumônier de l'E.N.S. de Lyon.
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Epiphanie du Seigneur

Étrange douceur qui émane de ce temps de Noël qui s’achève aujourd’hui avec la fête de l’Épiphanie ! douceur qui émane de Jésus, de l’enfant nouveau-né, exalté par les anges, adoré par les bergers et les mages, et bien sûr entouré de toute l’affection de Marie et Joseph !

Étrange douceur, étrange puissance de cette antique naissance, qui se produisit dans le cadre d’un pouvoir jaloux de lui-même, pouvoir d’Auguste qui impose le recensement pour mesurer sa force, pouvoir d’Hérode, qui ne veut en aucun cas céder sa place, et surtout pas à un envoyé de Dieu reconnu par des mages farfelus venus d’orient.

Étrange douceur, qui parvient jusqu’à nous et risque de devenir fade et sirupeuse, surtout si nous oublions à quels puissants Jésus a échappé, si nous oublions quel événement s’est alors produit dans le ciel en même temps que sur la terre, si nous oublions le chemin que les mages ont dû prendre pour arriver jusqu’aux pieds d’un nouveau-né, Emmanuel, Dieu avec nous, Jésus, Dieu sauve.

Aujourd’hui, notre regard se concentre sur l’histoire de ces mages, et nous y trouvons une figure étonnante de la complexité de nos itinéraires spirituels :

car le signe de l'étoile ne conduit pas directement à la crèche, l’étoile disparaît au-dessus de Jérusalem, et les mages rencontrent un roi apparemment aimable et intéressé par la quête de ses hôtes, mais en réalité fou, despote, jaloux de son pouvoir, sans aucune limite, prêt au massacre. Or c’est ce despote, avec son intention secrète d’éliminer un possible rival, qui fait passer les mages du signe du ciel aux signes de l'Écriture, et dans l’obscurité de ces signes, leur fait trouver dans la tradition et la sagesse des juifs une clé d’interprétation, une nouvelle étoile qui les conduit à Bethléem. Une rencontre qui aurait pu mal tourner mais qui a finalement appris quelque chose aux mages. Une rencontre avec les plus puissants et les plus savants du peuple élu, mais qui semblent avoir perdu l’élan et la foi de leur élection, soit par idolâtrie du pouvoir comme Hérode, soit par enfermement dans une tradition, une connaissance morte, qui n’agit plus, qui ne met plus en mouvement.

Pour certains d’entre nous, il y a peut-être eu de ces rencontres dans l’Église, d’hommes apparemment intéressés par notre quête spirituelle, mais en réalité intéressés par bien d’autres choses tout à fait opposées à la foi, il y a peut-être eu de ces rencontres dans l’Église, d’hommes savants, qui communiquent de bons tuyaux sur la Bible ou sur le catéchisme, mais qui n’en vivent pas, qui ont une connaissance morte, qui ne les met pas en mouvement.

Qu’importe ! Ceux qui cherchent vraiment Dieu passent outre, ils continuent leur chemin en prenant le meilleur de ce qu’ils ont reçu, en délaissant l’accusation et la rancœur contre les mauvais serviteurs de la Loi, cette accusation et cette rancœur qui sont stériles et ne conduisent qu’à une triste mort de l’esprit.

Beau chemin de foi et de vie que celui des mages, frères et sœurs !

Ces gens ont suivi une étoile, un signe dans le ciel, qu’ils ont repéré avec leur science toute humaine. Ils sont fiers de leur science, et ce n’est pas en eux une science morte, c’est une science ouverte au surgissement de la grâce. C’est une science accompagnée de conscience, un savoir qui les met en mouvement, et leur fait affronter les fatigues et les dangers d’un long chemin imprévisible. Suivre l’étoile, c’était bien et tout ensemble suivre leur conscience,  aller jusqu’au bout d’un appel !

Ces gens qui avaient confiance en leur savoir se trouvent désemparés une fois arrivés à Jérusalem : le roi qu’ils trouvent n’est même pas au courant du signe et ne semble pas être le roi qu’ils cherchent. Ils acceptent pourtant de changer de langage, d’entrer dans d’autres signes, de se laisser éclairer par les docteurs. Ils acceptent de renoncer à leur imaginaire, à leurs certitudes anciennes, pour se mettre à l’école des docteurs, et en réalité, à travers les docteurs, à l’école de la tradition, de la révélation de Dieu aux prophètes d’Israël. 

Il leur reste à découvrir par eux-mêmes l’inattendu de Dieu, l’altérité de la promesse. Ce que Dieu donne n’est jamais ce que l’on espérait, notre désir est toujours brouillé par l’imaginaire, par le fantasme. Trouver un nouveau-né dans une maison, entouré de ses seuls parents Joseph et Marie, un simple charpentier avec une petite servante de Dieu, cela n’a rien d’extraordinaire.

Mais l’étoile est là à nouveau, au-dessus d’eux : l’étoile est là dans le regard de ces parents, qui ont accueilli le don de Dieu, qui ont accepté au sens fort de le donner au monde, et qui ne sont qu’attention l’un pour l’autre. L’étoile est là dans la pauvreté de cet enfant, sans parole, sans pouvoir, exposé déjà à la violence des puissants, livré déjà, Fils de Dieu dans la manifestation de sa kénose, de son renoncement à la majesté divine, Fils de Dieu révélant déjà la gloire de Dieu, qui est dans l’amour et la paix donnée aux hommes de bonne volonté.

Où sommes-nous dans cette histoire, frères et sœurs ? Certes, il ne suffit pas se recueillir quelques minutes devant la crèche des santons pour suivre l’étoile. Pour entrer dans le mystère de Noël, il nous faut nous éloigner d’Hérode, c’est-à-dire renoncer à la crainte de perdre ce que nous possédons, il nous faut nous arrêter à Jérusalem, c’est-à-dire méditer la parole de Dieu, en en déchiffrant les signes qui rejoignent nos vies, et enfin il nous faut prendre la route, répondre à l’appel, ne pas rester là à regarder sans rien faire, ou à dire sans se mettre en mouvement. Quittons donc tous les gardiens du Temple, prenons la route, pour accueillir avec Marie et Joseph le don de la vie, le don de Jésus en nos cœurs, et pour donner nous-mêmes, de toutes les façons possibles, ce que nous avons reçu !

Epiphanie du Seigneur