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Homélie prononcée par le frère Jacques-François Vergonjeanne, dimanche 15 janvier 2012, 2e dimanche du temps ordinaire
Evangile de Jésus Christ selon saint Jean, chapitre 2, versets 35 à 42
Jean passe le relai à Jésus.
« Posant son regard sur Jésus, qui allait et venait, Jean Baptiste dit: voici l'Agneau de Dieu ». Cette expression, chargée de réminiscences bibliques,
agit sur deux disciples de Jean comme un mot de passe.
Ils vont rejoindre Jésus. Jésus les attendait:« Que cherchez-vous ? ».
C'est le propre de la jeunesse, que de prendre pour modèle une personne qu'on admire et qui donne envie de se dépasser. Ces deux disciples ont d'abord été attirés par la personnalité de Jean le Baptiseur. Mais la mission de Jean est de les conduire à plus grand que lui: « Moi, je vous baptise dans l'eau. Mais il vient celui qui est plus fort que moi... Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu » (Luc 3,16).
En la personne de Jésus ils découvrent un Maître qui va les entraîner plus loin que Jean. Jusqu'où va-t-il les mener ? Les disciples s'en doutent-ils ?
Suivre le Christ: cette expression caractérise la vie chrétienne.
« Le lendemain, Jésus décida de partir pour la Galilée. Il rencontre Philippe et lui dit: « Suis-moi », peut-on lire dans les versets suivants. « Suis-moi »: un verbe à l'impératif qui mettra en route tous les disciples. Suivre le Christ, aujourd'hui encore, identifie le chrétien qui se met à l'école de Jésus. Mais, si je me crois appelé je veux connaître celui qui m'appelle:« Maître, où demeures-tu ? » lui demandent les deux premiers disciples.« Venez et vous verrez. Ils l'accompagnèrent, ils virent où il demeurait et ils restèrent auprès de Lui ce jour-là ».
Pas de vrai disciple, qui ne cherche à fréquenter assidûment le Maître. Ce n'est qu'en vivant dans son intimité qu'il apprendra à vivre et à agir comme lui.
Et tout d'abord à se tourner vers Dieu, comme vers un Père qui appelle à la liberté.
Un Père qui a voulu se rendre captif de notre liberté, pour nous libérer de nos servitudes .
Il y a 5 ans l'abbé Pierre nous quittait. Il écrivait dans Miettes de vie:
« Dieu n'est pas le Tout-Puissant dominateur, c'est le Tout-Puissant captif des libertés qu'il crée à la fine pointe de la création, pour que le monde puisse culminer dans l'amour » .
Le Dieu de Jésus: un Père qui veut faire de tous les hommes, des frères.
Pour lui être agréable, les innombrables prescriptions de la Loi sont moins importantes que le souci de ses semblables, l'attention à leurs besoins, le respect de leur dignité, jusqu'aux plus petits, ceux que la bonne société marginalise.
La France vient de perdre ses trois AAA. Selon les agences de notation, elle ne réduit pas assez vite ses déficits financiers. Ce n'est pas glorieux. D'ailleurs, mérite-t-elle encore d'être cotée comme la patrie des droits de l'homme, quand on sait la manière dont sont traités, par nos administrations, les demandeurs d'asile, les réfugiés politiques menacés de mort dans leur pays.
« Notre pays, analyse un observateur de la société française, est handicapée par un refus collectif du changement au nom des droits acquis ... Au cours de la seconde moitié du 20ème siècle la France est devenue un pays de rentiers ».
(Carrefours d'Alsace, La crise, un défi pour les chrétiens, janvier 2012)
Se laisser impliquer dans le drame du salut de l'humanité.
Si le combat pour la justice et le service de l'autre est inhérent à la condition de tout disciple, sa mission de ne peut s'arrêter là. Marcher à la suite du Christ, c'est encore se laisser impliquer, par lui, dans le mystère du salut. Pour libérer les hommes de toutes leurs servitudes, Jésus a marché jusqu'au Calvaire. Mais sa marche ne s'est pas terminée au Golgota. En offrant sa Vie il a ouvert les portes de la Vie.
La part du colibri.
A tout disciple, il confie une mission, personnelle:« Tu es Simon, fils de Jean; tu t'appelleras Kepha, la pierre sur laquelle je veux bâtir ma communauté ». Mission prestigieuse que celle de Simon-Pierre. Le chrétien ordinaire se rappellera que, si modeste lui semble être sa mission, si limitée l'efficacité apparente de ses combats, le don de soi n'est jamais perdu. Ce dont il s'agit, ici, c'est moins d'efficacité que de fécondité.
Vous connaissez peut-être ce conte africain: un colibri transporte de l'eau dans son bec pour éteindre l'incendie qui ravage la forêt. Les autres animaux se moquent de lui. Il leur répond: « je fais ma part ».Certes, la part du colibri est minuscule. Mais, par son courage, sa persévérance, son humilité ( il ne donne pas de leçon, il assume tout simplement la part de responsabilité qui lui incombe) il est un exemple.
Le chrétien-colibri, qui met en oeuvre le don qu'il a reçu, participera à la victoire de son Maître et ami. Même si, comme lui, il doit en passer par des défaites provisoires.
Suivre Jésus, c'est vivre et agir comme Lui a vécu. (G. Luzsénszki)
Telle est notre marche de disciples à la suite du Maître.




