Pour toute question, vous pouvez écrire au couvent de Strasbourg à l'aide de l'icône "écrire à l'auteur" qui se trouve sous cette image.
Homélie prononcée par le frère Jaques-François Vergonjeanne, le 12 février 2012, 6e dimanche du temps ordinaire année B
Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc, chapitre 1, versets 40 à 45
La maladie, cette compagne fidèle de l'humanité.
Tout au long des premiers chapitres des évangiles, nous voyons des hommes et des femmes, atteints de toutes sortes de maladies, accourir vers Jésus. Saint Marc (3,10...12) nous dit: «Tous ceux qui souffraient de quelque mal se précipitaient sur lui pour le toucher ». Ces rencontres avec la souffrance humaine bouleverse Jésus jusqu'aux entrailles. Sa compassion n'est pas pure émotion, ni pitié condescendante.
Elle est sollicitude efficace car elle vient du coeur de Dieu: «Un lépreux .... tombe aux genoux de Jésus: Si tu le veux, tu peux me purifier. Je le veux, sois purifié. A l'instant même la lèpre le quitta ». Depuis la nuit des temps, la maladie, cette fidèle compagne de l'homme.
Un grand corps malade: l'humanité.
Dans l'évangile, les maladies corporelles et psychiques sont interprétées comme le signe d'un mal plus profond: le péché. De sorte que les évangélistes ne nous ont rapporté que les maladies et infirmités les plus significatives du mal profond qui affecte notre humanité. Dans l'évangile de ce dimanche, voici la lèpre.
Une maladie repoussante. Ecoutons la prescription du livre du Lévitique:
« Le lépreux ... se couvrira le haut du visage jusqu'aux lèvres et il criera:
impur! impur! C'est pourquoi il habitera à l'écart » (Lv 13,45-46)
Maladie repoussante, maladie excluante.
On peut dire, qu'au sens symbolique, que nous sommes tous lépreux. Nos jalousies, notre désir de paraître, de prendre l'avantage, font obstacle à notre communication avec les autres. Nous sommes tellement centrés sur nous-mêmes ! La lèpre est contagieuse aussi. Notre manière d'être, nos fautes ne sont pas sans atteindre de quelque manière ceux qui nous entourent, nos proches, nos communautés. Elles affaiblissent la communion entre nous. Elles entachent mystérieusement le Corps du Christ qu'est l'Eglise.
Le mal profond que chacun porte en lui, multiplié par des milliards d'êtres humains,
fait de l'humanité comme un grand corps malade qui demande guérison.
Embarqués à bord d'un navire de luxe .
Toutes les civilisations, même les plus brillantes, ont leurs maladies spécifiques.
La nôtre aujourd'hui, à nous occidentaux, avance sous l'emprise d'une vision purement comptable et financière du développement de l' homme. Les inégalités se creusent entre les riches et les pauvres. Scandale d'apprendre, qu'en ces temps de crise et d'appauvrissement, les industries du luxe font des bénéfices records. Alors que, dans le même temps, la capacité à être heureux semble inversement proportionnelle à l'accroissement des richesses.
De plus en plus interdépendants les uns des autres, nous sommes tous comme embarqués à bord d'un même navire. navigant au plus près des récifs. Le naufrage du Concordia, est l'image saisissante des risques que nous faisons courir à l' humanité.
Lucidité prophétique.
Le navire doit changer de cap. Mais comment corriger sa dérive suicidaire ?
Comment guérir le grand corps malade ? Si les mains du charpentier de Nazareth ne sont plus là pour toucher et guérir les corps et sauver l'homme, depuis la Pentecôtes, il a confié cette mission à ses disciples. L'Esprit donne aux disciples lucidité prophétique . Marchant à la suite du Sauveur avec, pour horizon, le Royaume de Dieu qui vient « ils peuvent replacer la civilisation dans le sens de l'homme, rappeler à temps et à contretemps que la course au profit, au confort extravagant, à une sexualité sans freins », les inégalités indécentes entre les hommes qui sont tous fils de Dieu, nous conduisent à la catastrophe. (d'après B. Frappat)
La compassion de Jésus passe par les mains de ses disciples.
La lucidité prophétique serait insuffisante, si les disciples de Jésus ne se laissaient habités par sa Compassion. Compassion qu'il a remise entre leurs mains: « Il leur donna autorité sur les esprits impurs pour qu'ils les chassent et guérissent toute maladie et toute infirmité » (Mt 10, 1). Les chrétiens ne sont heureusement pas les seuls à s'engager pour qu' advienne un peu plus de fraternité, pour que grandisse une civilisation de l'amour. Ils se retrouvent au coude à coude avec les hommes et les femmes de toutes convictions qui portent au coeur le souci d'une humanité plus solidaire. Mais eux, les chrétiens, se garderont d'oublier que les mains du charpentier de Nazareth, après avoir touché et guéris les corps malades, ont été clouées au bois de la Croix. Le poète chrétien, Paul Claudel, s'entendait interpellé par Dieu en ces termes:
« Où sont tes mains qui ne soient les miennes ?
et tes pieds qui ne soient à la même croix fixés ».
(La messe là-bas, Communion)
Participer à la Compassion de Dieu pour la souffrance et l'errance de l'humanité
c'est être associé, à travers nos épreuves, à la Passion et à la Résurrection du Christ.
Alors, par nos mains, Christ peut guérir l'inguérissable.




