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Il faut un autre don

Homélie du frère Benoît Ente au couvent de Strasbourg, le 4 décembre 2011, 2e dimanche de l'Avent

Evangile de Jésus Christ selon saint Marc, chapitre 1, versets 1 à 8

Le temps de l'Avent est caractérisé par l'attente. Voyez les 4 lectures de ce jour. Chacune est marquée par une attente. Que ce soit l'attente jubilatoire du prophète Isaïe qui proclame la venue du Seigneur Dieu ou celle du psalmiste qui attend la justice et la vérité ou encore celle de Jean-Baptiste qui attend celui qui baptise dans l'Esprit Saint. Ces trois personnages témoignent de cette longue attente, tenace, du peuple d'Israël. Par delà les famines, les défaites, les trahisons, par delà l'oppression militaire ou religieuse, ce peuple toujours croit et attend le royaume de Dieu. L'évangéliste Marc nous le confirme : il suffit qu'un prophète, Jean-Baptiste, apparaisse et : « toute la Judée, tout Jérusalem, venait à lui. » Cette attente est en réalité aussi la notre. Si ce peuple et nous-même nous attendons, c'est donc chers frères et sœurs qu'il y a au fond de notre cœur une conviction, solide comme un diamant, la conviction que quelqu'un va venir. D'où vient cette foi que nul désastre ne peut contrer ? D'où vient cette foi qui pousse Isaïe à crier « le Seigneur vient » ? Si nous attendons chers frères et sœurs, c'est parce que avant cette attente, nous avons déjà reçu quelque chose. Je vous propose donc de méditer aujourd'hui sur ces dons que nous avons tous reçus et qui nourrissent notre attente.
Le premier est le plus évident. Il est devant nos yeux dès notre naissance. C'est le don le plus universellement reconnu : le don de la Création. Loin au dessus de nos têtes il y a l'univers avec ses galaxies et ses étoiles. Le soleil, notre étoile et ses planètes qui gravitent autour. La terre, notre planète avec ses montagnes et ses océans, les plantes les animaux qui la peuplent, ses saisons toutes plus belles les unes que les autres. Tout cela ne serait rien si nous n'étions pas là pour contempler sa beauté, pour jouir d'elle, pour la chanter, la bénir et rendre grâce à Celui qui nous l'a donné. Car avec la Création, nous est donné notre propre vie. Nous respirons, nous communiquons, le sang coule dans nos veines sans que nous n'ayons rien fait pour cela.
L'Avent est un temps privilégié pour prendre conscience de ce don immense qui nous est fait. La femme qui attend un enfant touche du doigt le mystère de la vie qui nous est donné. Elle ne sait pas comment l'enfant se tisse dans son sein, mais elle sait qu'il est là, qu'il vit. Elle sait aussi que cet enfant est une promesse. C'est un être neuf qui n'a pas encore été déformé par une société corrompue. La parole d'Isaïe va comme un gant au petit enfant, car chez lui il n'y a pas de chemin tortueux, la parole est directe, droite, non dissimulée. Au point que parfois elle nous fait rire et que souvent elle nous attendris. Il n'est pas surprenant que Marie proclame son Magnificat alors qu'elle est elle-même enceinte. Comprenez chers frères et sœurs que chaque naissance est un signe de la fidélité de notre Père. Même si notre époque s'aveugle par la recherche de profit au point de prendre des risques inconsidérés et de mettre en péril la planète, rien n'empêche notre Dieu de nous aimer et de continuer à donner la vie en abondance, une vie toujours neuve, prête à investir l'avenir.
Et pourtant, chers frères et sœurs, nous savons qu'à l'occasion d'un désastre, la vie peut se transformer en enfer. Ce don de la Création peut être défiguré. Il n'est pas suffisant pour constituer cette conviction que Dieu ne nous abandonne pas, le diamant dont nous parlions.
Il y a donc un autre don. Un homme, celui que Jean-Baptiste annonce : Jésus, Christ, Fils de Dieu.
Il est le Verbe fait chair, l'image parfaite du Père, celui qui révèle en pleine lumière l'Amour du Père pour nous. Avec le Christ, nous faisons un saut qualitatif inimaginable, on change de catégorie. Jean-Baptiste était bon élève : il a appliqué la parole d'Isaïe à la lettre en passant sa vie dans un désert de sable pour proclamer le royaume de Dieu. Avec Jésus, c'est tout autre chose. Lui aussi est allé dans le désert, le désert d'un monde privé d'amour où il s'est fait l'ami des hommes, mangeant et buvant avec eux, donnant sa vie pour eux et ainsi témoignant de Celui qui l'a envoyé. Il est l'agneau sans tache offert pour le salut du Monde.
Cependant chers frères et sœurs, ni Isaïe, ni le psalmiste n'ont connu Jésus. De plus, nous-même, aucun d'entre nous n'a vu de ses yeux, n'a entendu de ses oreilles Jésus-Christ. Le don du Fils de Dieu ne suffit pas pour expliquer la foi en Dieu du prophète et la notre.

Il y a donc un autre don plus proche de nous. Le don de regarder le monde et les événements qui nous arrivent comme Dieu les voit. Le don de distinguer dans le chaos de nos vies une cohérence, un sens, des signes d'espoir. Le don de s'émerveiller en écoutant la Parole de Dieu, de s'en nourrir comme de miel. Le don de dire « je crois » alors que les épreuves s'accumulent.
Ce don, vous l'avez tous compris, c'est l'Esprit Saint envoyé par le Père et que le Fils a répandu en abondance sur la terre. L'Esprit Saint nous permet de toucher du doigt le Christ Ressuscité de le comprendre, de le connaître, de saisir par notre intelligence ce qu'il a pu penser, ressentir, pourquoi il a dit telle parole ou fait tel geste. L'Esprit Saint est cette communion d'amour qui nous attache au Christ et aux plus petits au point de nous donner la force de nous exposer pour lui et pour eux. L'Esprit Saint ou Dieu qui se fait chair en notre chair.
Voilà le grand mystère que le Christ est venu révéler au monde. Isaïe déjà l'avait compris. Quand la voix lui demande de proclamer, le prophète se défend : que dire ? Toute chair est comme l'herbe et l'herbe se dessèche quand passe le souffle du Seigneur. Mais le souffle du Seigneur Isaïe, c'est l'Esprit Saint et celui-ci ne souffle pas hors de nous mais en nous. C'est pourquoi tu peux proclamer avec force les merveilles de Dieu, avec la force même que te donne cet Esprit Saint. Oui cher frères et sœurs, l'Esprit Saint est ce murmure silencieux de notre âme qui a fait un jour fait jaillir un « Voici le Seigneur Dieu : il vient avec puissance et son bras est victorieux ».
Nous sommes rassemblées ici chers frères et sœurs parce que comme Isaïe et Jean-Baptiste nous vivons de cet Esprit de Dieu qui souffle sur le monde depuis sa Création. Si la tradition d'offrir un cadeau à noël est si forte, c'est peut-être parce noël est un temps où nous célébrons le plus grand des cadeaux qui nous sera jamais fait, l'unique en fait : Dieu lui-même présent dans sa Création, offert en plénitude dans le Christ, l'envoyé du Père, qui s'engendre en nous chaque jour qui passe par la grâce de l'Esprit Saint. Alors, chers frères et sœurs, n'attendons plus et recevons cet unique don du Dieu trois fois saint qui aujourd'hui s'offre à nous sous la forme d'un peu de pain et d'un peu de vin.

Amen.

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