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Homélie prononcée par le frère Jacques-François Vergonjeanne dimanche 6 novembre 2011, 32 dimanche du temps ordinaire
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu, chapitre 25, versets 1 à 13
CETTE HUILE INDISPENSABLE A LA FLAMME
Quelle est l'intensité de notre désir ?
Deux femmes sont en train de coudre. L 'une est en prison, elle purge sa peine. L'autre est enceinte et prépare le trousseau de son enfant. Ces deux femmes font la même chose. Et pourtant, les minutes qui passent, n'ont pas la même saveur. (Simone Weil).
Pour la prisonnière, coudre lui permet d'occuper ses journées, de gagner peut-être un petit pécule.
La femme enceinte, elle, se prépare à un événement qui va bouleverser son existence. Nous passons nos journées à attendre, mais nos attentes ne sont pas de même importance, ne mobilisent pas la même qualité d'attention.
A chaque eucharistie, après la consécration, nous prions le Seigneur de venir à notre rencontre:
« Nous rappelons ta mort, Seigneur ressuscité, et nous attendons que tu viennes ». Cette demande exprime-t-elle de notre part un vrai désir ?
Carte d'invitation incomplète .
Toutes et tous, dans cette assemblée, nous avons reçu une carte d'invitation à des noces. Pas des noces célébrées, vite fait, en blue-jean, mais des noces royales.
Deux paraboles nous remettent en mémoire cette invitation.Tout d'abord, la parabole des Invités à la noce, c'était l'évangile du 28 ème dimanche ordinaire que nous célébrions il y a quatre semaines (Mt, 22,1-14). Et la parabole des Dix demoiselles d'honneur , ce dimanche.
Notre carte d'invitation, l'aurions-nous oubliée dans le courrier qui s'accumule et qui demande une réponse? Nous aurions l'excuse d'un agenda, surchargé de choses à faire et de rendez-vous ! Une autre excuse, encore: ni le jour, ni l'heure de la noce ne sont mentionnés sur la carte d'invitation. Alors, où l'inscrire sur l'agenda? comment en faire une priorité ?
L'attente n'en finit pas, les demoiselles d'honneur s'endorment .
Les demoiselles d'honneur de la parabole, se sont rendues à l'invitation. Elles sont impatientes de prendre place dans le cortège nuptial. Quel honneur ce sera pour elle ! Mais, l'Epoux se fait attendre. Les heures passent. Nous avons fait l'expérience d'attendre quelqu'un qui n'est pas au rendez-vous. La déception est d'autant plus grande que nous nous en faisions une fête.
Quant à nos demoiselles, elles finissent par céder à une fatigue bien naturelle. Elles s'endorment. Soudain, « au milieu de la nuit, un cri se fait entendre: voici l'époux qui vient, sortez à sa rencontre ». L'attente a été si longue que l' huile est épuisée dans les lampes. Heureusement, cinq de ces demoiselles ont été bien avisées d'emporter une provision.
Une huile qui ne s'achète pas chez le marchand .
On pourra s'étonner du manque d'esprit de partage des cinq jeunes filles prévoyantes. Se scandaliser de la réponse de l'Epoux à la supplication des retardataires: « Je ne vous connais pas ». Ce Fils de roi serait donc sans compassion pour la faiblesse humaine ? En rester-là, ce serait passer à côté de ce que veut nous faire entendre cette parabole. Ce n'est pas la faiblesse qui est sanctionnée chez les cinq demoiselles têtes de linottes. C'est l'inconsistance de leur désir. Qu'est-ce qu'un amour qu'on pourrait se procurer au super marché, au dernier moment ?
Le disciple qui s'efforce d'aimer en vérité porte en lui, comme la femme enceinte porte en elle un enfant, le désir de voir, de toucher, d'embrasser Celui dont parlent les Ecritures, Celui qui se laisse pressentir dans sa prière, se laisse manger et boire dans l'eucharistie, Celui dont il lave les pieds en la personne de ses frères. Même quand il se repose, son coeur veille comme l'amoureuse du Cantique des Cantiques.
Où trouver cette huile indispensable à la flamme ?
Pourquoi l'Epoux de la noce se fait-il attendre? Pourquoi semble-t-il se complaire à nous surprendre dans la nuit, comme un voleur? Réponse d'un moine cistercien: « L'homme a besoin de temps pour approfondir son amour. Il faut du temps, à la créature versatile que nous sommes, pour rencontrer ce Dieu qui sembe se cacher. Qui se dérobe à notre emprise. De même qu'il faut du temps, à un amour humain, pour donner toute sa mesure » (d'après dom André Louf). Les vieux époux, qui se promènent main dans la main, pourraient en témoigner. Qu'est-ce qui soulevait l'ardeur d'une mère Térésa jusque à la fin de ses jours ? D'un Joseph Wrezjinski, d'une Geneviève de Gaulle pour défendre leurs amis du Quart-Monde? C'est l'Esprit, venu les habiter quand l'huile du saint chrême a été déposé sur leur front au jour de leur baptême. Un Esprit, auquel ils sont demeurés réceptifs. C'est lui qui approvisionne nos lampes. Lui qui fait grandir notre désir de rencontrer un jour le Ressuscité face à face.
Lorsque « au milieu de la nuit, un cri se fera entendre: voici l'Epoux qui vient, sortez à la rencontre! » et que les portes s'ouvriront sur le banquet des noces, nous aurons la surprise de reconnaître ceux que nous avons aimés, tant bien que mal, ici-bas. Nous pourrons alors aimer sans mesure. Demeurons donc en état de vigilance. Veillons à nous approvisionner en huile. De cette huile indispensable à la flamme de la lampe.




