Homélie prononcée par le frère Xavier Loppinet au couvent Saint-Pierre-Martyr, mardi 15 novembre 2011, fête de saint Albert le Grand
Matthieu chapitre 25, versets 14-23
Il y a des moments où l’on aimerait être une petite souris au Vatican pour être dans le bureau des liturges au moment où ils discutent du choix des textes pour la fête de tel ou tel saint. Ils se demandent : « Quel évangile, en fait, ce saint a-t-il illustré par sa vie ? »
Pour Saint Albert le Grand (1200 – vers 1280), on a pris cet évangile des talents, en s’arrêtant – un peu habilement - à la rencontre des deux serviteurs bons et fidèles avec leur maître. On peut comprendre : Albert a touché à tant de domaines – l’astronomie, les minéraux, la botanique, la théologie -, que l’on a vu en lui quelqu’un qui a fait fructifier en lui les nombreux dons que Dieu lui a faits.
Les talents, mesure de 20 kg d’argent, représentent alors les dons, les talents, que Dieu nous a donnés. Et c’est une juste interprétation, puisque le mot français « talent » (d’artiste, de cuisinier, d’orateur…) vient directement de l’Évangile. Voilà donc un mot français pétri d’Évangile. Cet évangile nous appelle donc à faire fructifier nos cinq, deux ou unique, mais précieux, talent personnel dont Dieu nous a doté.
Interprétation justifiée de l’Évangile, si ce n’est qu’elle comporte le risque que nous allions nous contempler devant la glace pour voir les talents que Dieu nous a faits !
Il y aurait cependant à proposer une autre interprétation sur ce que représente ces talents, à partir de ce que le maître dit aux serviteurs bons et fidèles : « Très bien serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle en peu de chose … ». Etre fidèle à quoi ? A quoi avons nous à être fidèles ?
Nous avons à être fidèles à une parole entendue de la part de Dieu. Dieu nous a parlé et nous avons à faire fructifier, à répondre, à être fidèles à cette parole que nous avons entendue, une fois, deux fois, cinq fois. Les cinq talents représenteraient alors 5 paroles de Dieu entendues dans nos vies.
Peut-être, en d’autres termes, nous avons aussi à être fidèles à la vérité, à la part de vérité qui est dévoilée à nos yeux. C’est peut-être inégal dans le don qui nous a été fait de ce côté, mais tous nous avons été dotés d’une part suffisante en soi de vérité. L’avons-nous enfouie, cette vérité, ou l’avons-nous fait fructifier ?
Il y a quelque chose de vrai, d’une vérité qui vient de Dieu dans chacune de nos vies et que nous avons à faire fructifier. C’est ainsi que nous avons à être fidèle à la parole, à la vérité de Dieu que nous avons entendue.
C’est aussi ainsi que nous pouvons comprendre la sainteté, toute sainteté. La sainteté, c’est la fidélité à une parole que Dieu nous adresse et qui porte du fruit. Saint Albert a entendu je dirais, quelque chose de la Sagesse divine (voir la première lecture, Ben Sirac le Sage 6, 18-21.33-37) et l’a fait développer dans le domaine des sciences. Il a traité, au XIIIe s. de la vérité de la botanique à la théologie. Et Dieu lui a confié beaucoup, au point qu’il a mérité le nom de Grand…
Notre sainteté est dans cette fidélité à cette parole que nous avons reçue.
Nous ne pouvons pas être une petite souris dans le Vatican, mais rêver, librement et nous demander quel évangile nous voudrions voir, si Dieu veut, être choisi par les liturges pour une messe à notre mémoire. Quelle parole auront nous entendue et fait fructifier dans nos vies ? Pour les plus imaginatifs, vous pouvez prendre deux lectures avant l’Evangile ! (ce qui sous-entend que votre fête aurait le degré de solennité !).
Que Saint Albert, tous les saints de notre Ordre et tous les saints nous aident à répondre avec le même enthousiasme à la parole que nous avons entendue, qui est Vérité et Vie.



