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Et si nous parlions de la fin du monde?

Homélie du frère Gabriel Nissim prononcée au couvent de Strasbourg, vendredi 11 novembre

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 17,26-35.37

Non, le Christ ne cherche pas à nous faire peur !
Il veut plutôt, à travers ces mythes du Déluge et de la destruction de Sodome, nous rappeler des choses décisives pour nous.
D’abord que quand le mal arrive à un niveau intolérable, pour Dieu ça ne passe plus. Telle était la raison du Déluge, ne l’oublions pas : c’est que le mal avait atteint un niveau intolérable. En fait le déluge de pluie est comme le parallèle inéluctable du déluge de mal qui avait recouvert la terre et tous ses habitants.
Mais en même temps, après le Déluge, il y a l’arc-en-ciel et la promesse de Dieu que plus jamais il n’y aura de destruction de l’humanité.
Ainsi lors des « jours du Fils de l’Homme », à la fin des temps, cela ne se passera pas du tout comme au Déluge : le mal sera détruit, mais, pour les hommes, ce seront les jours d’une libération du mal, du mal qui est dans le monde, du mal qui est en nous.
De même pour la destruction de Sodome : souvenez-vous là aussi qu’avant de décider la destruction de Sodome parce que le mal qui s’y fait est devenu intolérable, Dieu en fait part à Abraham. Il y a alors cette prière d’Abraham qui dit à Dieu : non, tu ne peux faire périr le juste avec le coupable – s’il y a 50…, 40,… 30…, seulement 10 justes dans la ville. Mais il n’y a pas 10 justes dans Sodome. Un psaume dit à juste titre que lorsqu’on regarde l’humanité, il n’y a pas un seul juste – sauf que si, précisément, il y a désormais un juste, Jésus, et nous savons que cela suffit aux yeux de Dieu pour épargner l’humanité tout entière.
Si bien qu’au jour du jugement dernier, le Fils de l’Homme qui viendra dans la gloire pour instaurer son royaume, en même temps que juge, sera aussi notre avocat et notre frère.
Ainsi ce texte comme ceux que nous lisons ces temps-ci (qu’on appelle « apocalyptiques ») sur le jugement dernier et la fin des temps ne sont pas des textes pour éveiller la peur mais l’espérance.
Car ce Jour-là, notre prière, quand nous demandons : « délivre-nous du mal » ou « pardonne-nous », ou « que ton règne vienne », sera pleinement et définitivement exaucée.
Et nous-mêmes, nous n’aurons pas à attendre le Jour du jugement dernier, car cela s’accomplira  pour chacun de nous le jour de notre propre mort.
Mais pour nous aujourd’hui, pour dès maintenant, cela devrait nous faire regarder notre vie autrement, avec une autre échelle de valeurs. La seule chose de nous-même et de notre vie qui tiendra ce jour-là ce sera notre vérité de fond.
Pas les apparences, pas les biens de consommation dont nos maisons sont encombrées (« ne descendez pas dans la maison prendre vos affaires »), pas l’argent ni les honneurs ni les pouvoirs.
Une seule chose tiendra : la vérité de notre amour. Ce qu’il y aura eu d’amour vrai dans notre existence.

Et si nous parlions de la fin du monde?