Pour toute question, vous pouvez écrire au couvent de Strasbourg à l'aide de l'icône "écrire à l'auteur" qui se trouve sous cette image.
Homélie prononcée par le frère Benoît Ente le jour de Noël, 25 décembre 2011
Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean, chapitre 1, versets 1 à 18
Peut-être les plus anciens parmi vous ont-ils vu ce film célèbre « King of Kings » ? C'est une super production hollywoodienne de 1927 qui raconte la vie de Jésus. Au moment de l'agonie au jardin de Gethsémani quand Jésus est en prière, on voit le disciple Matthieu un parchemin et un stylet à la main en train d'écrire ce qu'il entend. Avec cette image, le filme tente d'expliquer comment Matthieu a pu écrire son Évangile. Et bien je me demande comment Cecil B. DeMille le réalisateur aurait fait pour expliquer comment Jean s'y est pris pour écrire ce que nous venons d'entendre. Était-il présent à l'aube du monde, avant le big bang, quand le temps n'existait pas ? Cela me parait difficile. Et pourtant ce prologue, il l'a écrit. Il l'a écrit parce qu'il a fait trois expériences qui ont bouleversé sa vie : la rencontre du Galiléen Jésus, la naissance en lui du Verbe de Dieu et la vision d'une Création renouvelée. Je vous propose aujourd'hui de parcourir avec vous ces trois expériences.
Le Verbe s'est fait chair
La première par ordre chronologique est la plus simple. Jean s'est lié d'amitié avec un homme appelé Jésus. Et plus il médite les paroles et les gestes de son ami, plus il s'émerveille de sa sagesse. Et pourtant Jésus n'a été initié ni par un grand rabbin, ni par un philosophe. Il ne fait pas non plus partie d'un milieu privilégié qui lui aurait valu une noble éducation. Il est juste un homme du petit peuple de Palestine. Ce qu'il y a de spécial dans sa famille est invisible et se trouve dans les cœurs : la confiance au Dieu d'Israël de Marie sa mère et la docilité aux appels de l'ange de Joseph. Ce sont là les inestimables cadeaux que lui offrent ses parents, oh combien plus précieux qu'une tablette numérique ou qu'un voyage au bout du monde. C'est en lisant la Bible que Jean découvre l'origine de cette sagesse. Car toute la vie de Jésus depuis sa naissance jusqu'à sa mort et sa Résurrection, toute sa vie entre en résonance avec la Bible. Dieu qui a inspiré les saintes Écritures inspire aussi la vie de Jésus. Car Jésus ouvre les Écritures ; c'est-à-dire qu'il révèle leur cohérence profonde, il les unifie en rassemblant en lui toutes les Promesses qu'elles portent. Sans la pleine lumière du Christ, les écrits des prophètes sont condamnés à rester « fragmentaires ». L’Évangile fait d'ailleurs bien une différence : « la Loi a été donnée par
Moïse, la grâce et la vérité sont advenues par Jésus-Christ. » Qu'est-ce que cette grâce et cette vérité sinon le visage d'un Dieu de tendresse et de pardon, solidaire des hommes jusque dans leurs souffrances les plus humiliantes, le visage d'un Dieu qui aime comme peut aimer un Père.
Le pouvoir de devenir enfant de Dieu
Cette première expérience, les autres évangélistes l'ont déjà racontée. Si Jean a pris la plume pour écrire un quatrième Évangile, c'est qu'il a une autre expérience à nous dire. Une deuxième plus fondamentale qui éclaire les deux autres. Elle se résume en une phrase située précisément au centre du prologue : « Mais ceux qui l'ont reçu, à tous il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu : eux qui croient en son nom. » En disant cela, Jean témoigne d'une expérience qu'il a faite, de sa propre expérience. Que s'est-il passé ? Il a constaté en lui, o miracle, une transformation : par sa foi en Jésus-Christ, il commençait à vivre lui-même ce qu'il a apprécié en Jésus. Et non seulement lui-même mais aussi tous ceux qui l'entourent, ceux qui croient eux aussi en Jésus-Christ. Le Christ n'est plus seulement un personnage extérieur qu'on admire comme on admire un héros inaccessible, mais il est aussi le Verbe intérieur qui prend vie en l'homme, qui grandit de manière invisible, lentement, à la manière d'un grand arbre. Ainsi, la phrase suivante de l’Évangile qui est la plus connue « et le Verbe s'est fait chair » peut se comprendre de deux manières complémentaires : le Verbe se fait chair en Jésus mais aussi le Verbe se fait chair dans tous ceux qui croient en son nom. Quand Jean constate ce prodige, il se souvient de nouveau de son ami Jésus et alors il comprend que cet homme n'est pas seulement un homme, mais qu'en lui, le salut est maintenant à la portée de tous les hommes. Car qu'a fait Jean pour que se réalise ce miracle ? Il le dit lui-même : il a cru. Pas d'autre mérite que la foi en Jésus-Christ Ressuscité. Cette foi est la main tendue par Dieu pour sauver l'humanité tout entière. Une main accessible à tous, aux moines comme aux prostituées, aux vieillards comme aux enfants. Elle traverse les cultures et les époques, elle ouvre les yeux et permet de devenir enfant de Dieu.
La création transfigurée
Mais n'allez pas croire qu'il y a là quelque magie. Car Jésus-Christ n'est pas une formule magique. Il n'est pas à séparer de la Création et de ses lois. Il y a d'ailleurs entre Jésus et la Création une complicité. Elle est le livre ouvert qu'il lit sans difficulté pour connaître son Père. Voyez ses paraboles et ses réponses : elles font souvent appel à une observation fine de la nature. Parfois même Jésus justifie une parole en s'appuyant non sur la Bible, mais sur une observation de la nature, par exemple du soleil et de la pluie donnés par Dieu aux bons comme aux méchants. Là encore, le prologue éclaire pourquoi Jésus agit ainsi : il est le Verbe fait chair présent auprès
de Dieu dès avant la Création et en qui tout a été créé. Croire en lui, recevoir de lui le pouvoir de devenir enfant de Dieu réajuste aussi notre rapport à la Création. Celle-ci s'en trouve transfigurée comme le dit le psaume 97 dont nous avons chanté le début. Ce psaume continue ainsi : « Que résonnent la mer et sa richesse, le monde et tous ses habitants ; que les fleuves battent des mains, que les montagnes chantent leur joie, à la face du Seigneur » Cela, Jean l'a goûté, il en a fait
l'expérience, la troisième expérience qu'il nous rapporte aujourd'hui.
Conclusion
Chers frères et sœurs, si Jean peut nous parler avec assurance du Verbe avant la Création, c'est parce qu'il a fait une triple expérience : celle de la rencontre avec Jésus, celle de naître d'en haut grâce à sa foi en Jésus-Christ et celle de voir la Création transfigurée parce que son cœur lui-même avait été transformé. En fait Noël célèbre ces trois événements, trois naissances à la vie de Dieu qui se prolongent dans nos vies aujourd'hui. Alors, frères et sœurs, dans un monde où les mauvaises
nouvelles courent plus vite que les bonnes, où les menaces semblent se multiplier, nous avons plus que jamais la responsabilité de nous laisser dans la foi ensemencer par le Verbe afin que le Christ fasse de nous ainsi qu'à des millions d'autres personnes des semences du monde nouveau.




