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Homélie prononcée par le frère Gabriel Nissim à la cathédrale de Strasbourg, dimanche 1er janvier 2012, Fête de sainte Marie, mère de Dieu
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc, chapitre 2, versets 16 à 20
Frères et sœurs, je voudrais que ce Noël, tout proche encore, éclaire pour nous l’année nouvelle qui s’ouvre aujourd’hui.
Noël, c’est une naissance, mais une naissance est toujours l’aboutissement de toute une histoire : des parents, des grands-parents, des ancêtres et puis c’est aussi l’aboutissement de neuf mois de grossesse, de gestation.
Je me dis alors que les années, le temps qui s’écoule, il nous faudrait les voir justement comme un temps de gestation, la gestation nécessaire pour que se réalise ce que les anges annonçaient aux bergers : la gloire de Dieu dans les cieux et la paix sur la terre pour les hommes, car Dieu les aime.
Autrement dit, l’année nouvelle, toutes nos années, ce n’est pas simplement notre vie qui suit son cours avec ses hauts et ses bas, avec les bonheurs, les malheurs, quelquefois de grands bonheurs, quelquefois aussi de grands malheurs. Non, c’est beaucoup plus.
Pour nous personnellement, pour l’humanité, c’est un temps de gestation durant lequel quelque chose de totalement neuf advient pour chacun d’entre nous personnellement, vous, moi, et pour l’humanité :
- Pour vous, pour moi, la gestation en chacun de nous de l’enfant de Dieu que vous êtes déjà, que je suis déjà, mais une gestation pas encore achevée. Ce que dit Noël à chacun de nous, comme nous le rappelait s. Paul dans l’Epître aux Galates il y a un instant, c’est que Jésus est venu pour faire de nous des fils et des filles de Dieu. Déjà nous disons : « Abba, Papa, Père » mais nous savons bien que c’est encore loin d’être réalisé, c’est en gestation.
- Et pour le monde, pour l’humanité, ce que dit Noël, c’est que l’année 2012 sera un temps de gestation, comme 2011 l’a été. Ce que Dieu a commencé à Noël, rien ne peut l’arrêter. C’est Dieu qui le met en route, qui le fait grandir pour qu’un jour, effectivement, les cieux s’ouvrent au-dessus de nous avec la Gloire de Dieu et que la paix emplisse notre terre, que notre humanité connaisse la plénitude de sa vie. Mais c’est encore très loin d’être réalisé.
Voilà ce qui est en gestation une année après l’autre, au fil du temps.
Alors je pense aux bergers de Bethlehem. Ils ont annoncé à tous ceux qui sont là, vous l’avez entendu, cet événement extraordinaire de la naissance de Jésus. Avec lui, la face du monde a changé. Avec lui, c’est un nouveau départ pour l’humanité. Ces bergers, ils l’annoncent, mais pendant les trente années qui vont suivre, ils ne vont rien voir de la réalisation de ce qu’ils ont annoncé – rien ne va se passer apparemment. Pourtant – pourtant, précisément durant ces trente années, secrètement, à Nazareth, Jésus grandit, il se prépare à sa mission et comme tous les enfants, il grandit en sagesse, en taille et en grâce.
Nous aussi, dans nos années, nous pouvons nous aussi avoir l’impression que rien ne se passe de particulier, d’extraordinaire. Et pourtant – pourtant, au fond de nous-mêmes, se prépare, jour après jour, ce que Dieu est en train de faire grandir en nous, l’enfant de Dieu, et au cœur de l’humanité, la gloire de Dieu et la paix. Nous avons vécu peut-être cinq ans, douze ans, vingt ans, cinquante ou quatre-vingt ans : vous voyez que cette gestation pour nous, c’est bien plus que neuf mois de grossesse. Il y faut toutes nos années pour que Dieu forme en nous cet enfant de Dieu, cet être nouveau et lumineux que nous sommes en train de devenir.
De même, pour l’humanité, cela fait plus de deux mille ans : deux mille années que quelque chose d’inouï se prépare pour la fin des temps. C’est toujours en gestation et en même temps cela commence, la gloire de Dieu commence à habiter nos vies, la paix commence à habiter l’humanité.
Je sais bien qu’il est difficile de croire que Dieu est ainsi à l’œuvre dans notre existence, dans l’humanité, qu’il a été à l’œuvre en 2011, qu’il le sera aussi en 2012.
Pourtant – pourtant, regardez ce qui nous est dit de Marie. L’Evangile nous le disait tout à l’heure : « Marie conservait tous ces événements dans sa mémoire et elle s’en parlait à elle-même dans son cœur ». Cela veut dire que toutes ces années qui ont suivi la naissance de Jésus, les trente années qu’elle va vivre avec son garçon à Nazareth, pendant lesquelles rien de particulier ne va se passer, Marie va pourtant se souvenir sans cesse de ce Noël. Elle va attendre que Jésus manifeste ce qu’il porte en lui, ce qui grandit au fil des années. Pour elle aussi, ces trente années ont été comme nos années, avec des hauts et des bas, des difficultés, la pauvreté, les deuils, les dangers, les joies simples de la vie – mais ni gloire de Dieu visible, ni paix sur la terre. Et pourtant, à côté de son garçon, d’abord enfant, puis adolescent, puis adulte, Marie attend, elle espère, elle sait que quelque chose se prépare qui vient de Dieu pour toute l’humanité.
C’est pourquoi, au seuil de cette année, comme Marie, nous sommes invités d’abord à ne pas regarder seulement l’année qui vient : nous souvenant de ce Noël, le gardant dans notre cœur, nous pouvons porter notre regard beaucoup plus loin, au terme, regarder le but vers lequel nous marchons, jour après jour.
Le passage d’une année à l’autre n’est pas pour nous l’occasion de faire le bilan de nos réussites ou de nos échecs, de nos gains et de nos pertes. Voyons bien plutôt nos années comme un temps de gestation, un temps de mûrissement. Nous sommes donc invités à réaliser que ces années ont un sens, qu’elles vont dans une direction : cette direction, pour moi, c’est l’enfant de Dieu que je suis et que je deviens malgré toutes mes limites ; pour le monde, cette direction, c’est la paix de Dieu qui est déjà là mais qui ne peut grandir qu’en surmontant des obstacles incessants et toujours renouvelés. En attendant le grand repas de fête que Dieu prépare déjà pour tous ses enfants et qui dépassera tous les réveillons possibles imaginables !
Et une autre chose dont nous pouvons prendre conscience, comme Marie, c’est que nous aussi, nous pouvons accompagner cette croissance, nous pouvons y apporter notre part, notre contribution – comme Marie a joué un rôle auprès de son fils.
Nous avons une année devant nous, 365 jours (et même cette année 366 !), pour que le projet de Dieu devienne un peu plus réalité, en nous et autour de nous.
366 jours à côté du Christ, notre frère, pour devenir un peu plus des enfants de Dieu, pour faire un peu plus la paix. C’est aujourd’hui pour l’Eglise la « Journée mondiale de la Paix ». Mais ce n’est pas seulement aujourd’hui, ce sont 366 jours qui s’offrent à nous pour travailler à la paix que Dieu rêve pour l’humanité, 366 jours pour être des artisans de paix.
Enfant de Dieu, artisan de paix, vous le savez, c’est tout un : « Heureux les artisans de paix car ils seront appelés enfants de Dieu » dit l’Evangile. C’est là mon meilleur souhait pour vous, le bonheur que je vous souhaite.
Heureuse année à chacun et à chacune d’entre vous !




