Dominicains
Couvent de Lille
  Dominicains - Province de France > Communautés > Couvents de France > Couvent de Lille > Homélies du couvent de Lille
fr. Thierry Hubert Le frère Thierry Hubert, du couvent de Lille, est responsable du développement de sites de prédication sur internet, notamment celui de retraitedanslaville.org pendant le Carême.
envoyer
 
mailto
 
print
 
grossir
 
r�duire
Partager cet article :
Jour de la Nativité du Seigneur

Homélie prononcée par le frère Thierry Hubert le jour de la Nativité du Seigneur, le 25 décembre 2011.

" Le Verbe s'est fait chair et il a planté sa tente parmi nous. " Il est heureux frères et sœurs  d'entendre cette parole si forte du jour de Noël dans cette église conventuelle. Ici, parce que la forme de notre église voudrait être la traduction architecturale de cette parole.
 

Aussi, déplacez votre regard, levez les yeux vers le plafond et comprenez-le. Cette dalle en béton, ondulée selon deux axes est comme la toile d'une tente agitée par le vent. On pressent dans ces voutes mises en mouvement régulier et pourtant en béton armé, les courants d’air, la circulation d’un souffle.
 Et puis, descendez ensuite votre regard sur les côtés, en suivant une des dix colonnes toujours en béton, de forme évasée vers le haut, comme les poteaux, les pieux en bois, qui maintiennent la structure de la toile. Voyez-vous la tente dressée ? Et pour lui donner légèreté, les vitraux de Gérard Lardeur situés au dessous de la voute. Prouesse architecturale pour nous inviter à entrer le mystère de Noël, le mystère de l’Incarnation. Aviez-vous déjà songé qu’en entrant chaque dimanche dans cette église, c’est la grâce du Noël qui vous convoque ?
 
 Le Verbe s'est fait chair et il a planté sa toile parmi nous. 
 Ce verset du prologue de saint Jean, ce petit verset 14, la traduction liturgique l’affaiblit en lui préférant le verbe habiter. Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous.
 Mais qu’importe : Il fallait bien le souffle de Dieu pour opérer cette révolution: la venue dans la chair du verbe de Dieu, la venue de Dieu en la personne de Jésus dans le corps d'un homme, façonné dans le sein d'une femme. Etrange et fragile demeure pour Celui qui est l’invisible, le fort et l’éternel.

Noël nous dit que c'est dans ce corps amoureusement pétri de terre au commencement du monde, au matin du sixième jour que Dieu choisit de venir planter sa tente dans le monde. Le mystère que nous célébrons aujourd’hui nous donne le lieu de la proximité de Dieu avec notre vie. Non dans ce que nous appellerions l’âme, noble demeure de notre condition mais le corps, ce corps qui grandit, qui désire vivre sans en connaitre toujours le chemin, ce corps qui transpire, qui souffre aussi et qui tombe même. Admirable réalité de la présence divine dans ce corps que nous éprouvons de mille et une façon si humaine, et parfois trop humaine.

Le Verbe s'est fait chair.
 Notre foi nous affirme aujourd’hui, à Noël, que la chair devient la charnière, le pivot du salut. (Tertullien). Que la naissance que nous célébrons n’est pas un événement extérieur du passé qui viendrait égayer le temps d’un réveillon et d’une journée fériée, nos mornes temps de crise. Cette naissance est un avènement, la venue d’un règne qui vient aujourd’hui encore planter sa tente en notre propre chair. Noël nous dit déjà que le Seigneur qui vient aujourd’hui sauvera l’homme tout entier avec son corps et pas seulement son âme.

La nouvelle tente, depuis cette nuit de Noël, est désormais cette chair de l’homme, votre chair, ma chair, transparente de beauté comme entachée d'histoires malheureuses marquées par le péché, corps traversé par des désirs si contradictoires, de don de soi comme de repli sur soi, charrié par des passions amoureuses ou ténébreuses, touché aussi par des gestes de tendresse bouleversante. Cette chair est fragile, moins solide et équilibrée que la structure de notre église, même si – pour ouvrir une parenthèse - sa toiture montre des faiblesses dont nous serons contraint de vous parler dans les prochains mois ! Mais de cette demeure fragile de la chair de l’homme, l’Eternel désire en faire un temple, son Temple. Pour hisser déjà ici-bas, sur cette terre, la chair de l’homme, la vie de l’homme à la joie du Ciel et aux chants des anges.

La révolution chrétienne, à Noël, nous révèle que ce n’est pas nous qui devons par nos seuls efforts nous conformer à Dieu, mais que c’est Dieu lui-même, par son Fils, qui vient rejoindre notre vie la plus profonde.
 Peut importe à Dieu de naitre aujourd’hui dans le monde, si ce n'est pas d'abord pour naitre en toi. D'abord naitre en toi. Laisser la Parole naitre en toi, c’est laisser l'enfant de Dieu que tu es poursuivre sa naissance, laisser Jésus trouver un coin, voire un repli de ton cœur pour qu’il y crèche. Qu’il y plante sa tente. C’est lui laisser ton cœur souvent inquiet, pour découvrir qu’il n’est sans repos tant qu’il ne demeure en Lui. C’est laisser le souffle, l'Esprit de Dieu, mettre du mouvement dans ta chair, dans ta vie, dans ton tissu de relations pour te construire, ou mieux pour t’apprendre à te donner. Comme Jésus se donnera. Jusqu’à sa chair, en nourriture.
 

Dieu est venu planter sa tente parmi nous.

"Élargis l'espace de Ta tente" demandait déjà dans les temps anciens le prophète Isaïe (54,2). « Déploie sans lésiner les toiles qui t’abritent, allonge tes cordages et renforce tes piquets ». Elargir, déployer, allonger c'est-à-dire apprendre à ouvrir les bras comme l’enfant qui nait, pour les tendre ensuite comme celui du Fils crucifié. Gestes d’une vie donnée, par amour jusqu’au bout. Gestes de charité, de miséricorde, d’attention bienfaisante, bienveillante qui inscrivent de l’invisible, du fort, de l’éternel dans nos jours quotidiens. Pour que l’autre aussi, mon voisin, mon frère, vive et puisse découvrir sa vraie demeure, sa tente intérieure.

Depuis à peu près la Toussaint, les indignés devant la cathédrale saint Paul de Londres ont eux aussi planté leur tente. Comme une manière d'habiter fragilement le monde. Sur l'une d'elles, on pouvait lire en anglais « what would Jesus do »? Et que ferait Jésus ? et nous, qu’allons-nous lui laisser faire ?

Jour de la Nativité du Seigneur