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fr. Thierry Hubert Le frère Thierry Hubert, du couvent de Lille, est responsable du développement de sites de prédication sur internet, notamment celui de retraitedanslaville.org pendant le Carême.
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7e dimanche du Temps Ordinaire - Année B

Homélie prononcée par le frère Thierry Hubert le dimanche 19 février 2012

Mc 2, 1-12

Suivre Jésus, c’est descendre !
Avez-vous noté, frères et sœurs, que pour se faire, les toits peuvent s'ouvrir!  « Comme ils ne peuvent l'approcher [de Jésus] à cause de la foule, ils [les quatre hommes] découvrent le toit au-dessus de lui, font une ouverture, et descendent le brancard »
Scène peu banale, en tout cas dans nos quartiers et je n’ose parler de notre église. Mais c’est une scène aussi peu banale, dans les évangiles. On verra bien, dans celui de Luc, dans une autre ville, celle de Jéricho, un autre homme monté sur un arbre, Zachée, qui chercher à apercevoir Jésus, qui du coup le voyant s’invite alors dans sa maison. Mais ici, pas d’invitation nominative, et l’on entre dans la maison par le toit. Non par la porte – ce qui serait d’usage - ni même une fenêtre – ce qui serait déjà plus incongru -, mais par le toit, sans doute une terrasse – mais ce qui est totalement inconvenant. Alors, il nous faut nous arrêter sur ce toit. Un toit, dans la vie de tous les jours, ça protège ce qui est au-dessous mais ça marque une séparation. Un toit, ça délimite visuellement l’espace et ça cache le ciel. Mais voici donc qu’ici le toit s’ouvre. Une brèche se créé entre la terre et le Ciel. Mais nouvelle surprise dans ce récit : cette ouverture n’est pas là pour extraire de la maison la foule qui se tasse pour écouter Jésus, ni pour leur permettre de s’évader dans le ciel voire de le contempler. Ce toit qui s’ouvre, c’est pour qu’un homme descende.

Merveilleuse trajectoire ! Qui n’est pas d’abord sans évoquer une autre descente, celle-là même de Celui qui attend dans la maison le paralysé. Jésus, le Fils unique du Père, est descendu du Ciel, en venant dans la chair. Jésus, Celui que Saint Marc appelle dès la première ligne de son Evangile, Fils de Dieu, se donne à voir, à entendre et à découvrir dans les premiers chapitres en parole et en actes, au ras de terre, sur les routes et les maisons. Nous sommes dans la même dynamique que le prologue de Saint Jean mais la forme pour le raconter se dit avec un réalisme qui pourrait en cacher le mystère divin.

Au ras de terre, sur les routes : Souvenez-vous, dimanche dernier, la scène du lépreux: Jésus rétablit la chair de l’homme qui se désagrège, qui part en lambeaux. Aujourd’hui, dans la continuité de l’Evangile, à la maison, la scène du paralysé. Jésus rétablit la chair, inerte, sans mouvement d’un homme couché sur un brancard. Car il ne suffit pas que l'homme ait une chair purifiée relevée il faut que cette chair soit vivante, soit aussi en mouvement.

Le premier mouvement pour que la chair vive est de descendre. C’est ici en vérité un itinéraire spirituel. La descente du paralysé par le toit c’est une invitation évangélique à vivre dans la réalité. A consentir à la réalité, souvent difficile de nos vies, et non pas céder au monde de l’illusion et du rêve, même spirituel. C’est en descendant dans notre réalité la plus profonde, celle d’homme ou de femme limités, soumis à nos humeurs difficiles, enclins à se refermer, se replier, se recroqueviller, à se bloquer et à paralyser la vie, c’est en descendant  à se niveau-ci de nos existences que Jésus nous attend. Pour nous remettre debout, en marche. Il est descendu jusque là pour recueillir en lui ce que la vie pour nous est venu briser, interrompre, bloquer. Ce que nous avons à lui offrir, ce n’est pas tant nos mérites, nos bonnes œuvres, que davantage nos paralysies et nos misères. Dans la vie chrétienne, pour s’élever, il faut descendre.

Le pêché comme ce qui nous paralyse.
Mais vous aurez noté qu’au cœur de cet épisode de guérison qui suffisait en soi à en faire un récit autonome, vient se glisser,  une polémique avec les scribes. Une parole de Jésus suffit à la déclencher : « mon fils, tes péchés sont pardonnés ». Avec cette controverse qui semble tomber du ciel de manière inopinée, Jésus va faire d'une pierre deux coups... ou disons plutôt, d'un brancard tombé du toit deux révélations:
- En considérant la paralysie de l’homme comme un signe, Jésus nous fait entrer dans une réalité plus prégnante que l’infirmité elle-même. La paralysie renvoie à celle qu’engendre le péché. En se coupant de Dieu, nous nous coupons de la Vie. Nos ratages, nos péchés amenuisent, blessent, annihilent notre vraie vie, celle que nous éprouvons et qui s’éprouve en nous à travers la joie, à travers l’amour. La descente de Jésus parmi nous, sa puissance, son dynamisme nous libèrent de ces liens qui nous bloquent, nous anesthésient, jusqu’à nous tuer parfois. La vie divine que nous partage Jésus est la vie déliée des marques de la mort. Elle est littéralement « absolue », c’est-à-dire dénouée de tous nos égoïsmes, nos faux semblants, nos lâchetés.  Pour advenir à la Vie libre, libérée, à l’aventure des Fils de Dieu, dans les pas de Jésus.

- Enfin, ce signe, les scribes l’ont perçu. Et ici se révèle un retournement de situations, une seconde révélation. Dans la maison de Capharnaüm, se tassent bien des paralysés autour de l’infirme sur le brancard. On ne les voit pas immédiatement. A ceux-là, la marche semble facile et la route vers le bon Dieu bien droite. Mais les scribes, qui commencent à trouver Jésus inconvenant, ont le cœur sans mouvement, malade. Pas d’ouverture, juste une rigueur appuyée sur une vision de Dieu. Défions-nous de devenir les paralysés du cœur : ceux qui se laissent prendre au piège de leur savoir, de leurs idées bien arrêtées, au point de ne plus pouvoir ouvrir leur cœur à la vie qui passe. Cœur engourdi, fixant le temps, les idées comme la vie dans la norme d'un putatif convenable. Jésus « fait un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? » Ouvrons le toit de nos idées : Le monde nouveau s’ouvre avec Jésus. Son Esprit, répandu en nos cœurs, vient sur nos chairs inertes, manifester une vie plus forte, une espérance plus grande, une charité plus effective.

« Rentre chez toi ». Non pas seulement pour retrouver ta maison au bout du ville ou de la rue. Mais rentrer en toi, pour retrouver aussi ton être intérieur, ton image véritable, travaillée à la ressemblance de Dieu au matin des origines, pour retrouver ton cœur renouvelé par le pardon vivifiant de Dieu.

La maison de Capharnaüm est la maison du péché pardonné. Elle est aujourd’hui l’Eglise dont nous sommes les pierres vivantes. Veillons à lui permettre d’avoir… un toit ouvert.

7e dimanche du Temps Ordinaire - Année B