Le frère Benoît Ente, du couvent de Strasbourg, est le Promoteur provincial de Justice et Paix.
Avec ce premier article, nous inaugurons une nouvelle rubrique du site consacrée aux coups de cœur cinématographiques, théâtraux ou encore littéraires des frères.
La première scène du film nous entraîne dans la visite guidée d'un port qui, semble-t-il, ne mérite pas une telle attention.
Elle annonce l'ambition du film : nous entraîner dans une rencontre avec une partie de la population française marquée par ses origines nord-africaines.
Slimane, le personnage principal, travaille sur le chantier naval. Autour de lui, un monde se déploie : son ex-femme, la famille de ses enfants, sa compagne et sa fille, les collègues. L'image nous place au plus près des visages. Impossible d'échapper au face à face avec l'employeur ou au regard pétillant de Rym (Hafsia Herzi).
Dans cet univers, on se régale à manger un couscous, mais sans oublier celui qui dort dehors, on aime ou on apprend à aimer, on danse jusqu'à l'épuisement, on crie jusqu'à pleurer et on trahit. C'est justement dans cette proximité avec la nature brute de l'homme que le film s'élève et prend le pouls de notre époque sans verser dans l'idéologie : le travail, la famille, le choc des générations. L'équilibre est précaire, alors, quand la haine ou la jalousie rode dans les esprits, la catastrophe n'est pas loin.
En même temps, une autre force agit mystérieusement. Elle embrasse la vie depuis le début et, dans la scène finale du banquet, pendant que les forces abandonnent celui qui tombe pour la troisième fois, un bras puissant réconcilie et rassemble. Car La Graine et le Mulet est d'abord un film sur la grâce, une grâce qui agit au cœur même de notre pâte humaine. C'est réjouissant car on se prend à s'émerveiller de la vie telle qu'elle est ! Un beau cadeau à s'offrir pour ces fêtes de fin d'année...




