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Le frère Daniel Gobert vit au couvent Saint-Jacques, à Paris.
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Dédicace de la basilique du Latran

Homélie prononcée au couvent Saint-Jacques le dimanche 9 novembre 2008.

Évangile : Jean 2, 13-22

Quand Jésus ressuscita d'entre les morts, Jean nous révèle que ses disciples se rappelèrent deux de ses paroles :

- l'une était une citation de l'Écriture : "L'amour de ta maison me dévorera" ;

- l'autre était une parole prophétique de Jésus lui-même : "Détruisez ce temple et en trois jours, je le relèverai".

Ce travail de mémoire, nous, les disciples de Jésus, avons à le poursuivre ce matin si nous voulons actualiser notre foi.

La parole de l'Écriture s'applique à l'acte de violente indignation de Jésus qui chasse par un fouet improvisé les marchands avec leurs animaux, destinés pourtant aux sacrifices rituels exigés par la loi, ainsi que les changeurs de monnaie romaine en monnaie purifiée pour le Temple.

La prophétie de Jésus, au contraire, concerne son propre corps ressuscité d'entre les morts, proclamé Temple nouveau pour la adorateurs en esprit et en vérité de son Père.

Jésus lui-même nous presse donc de changer radicalement le contenu de notre foi en la demeure de Dieu parmi nous. Nous devons passer du Temple de pierre au corps de Jésus ressuscité, lieu vivant de communion et d'adoration du Père dans la vérité.

Avouons-le, c'est là une remise en question radicale de nos comportements cultuels, ceux-là même qui nous rassemblent aujourd'hui.

Jésus, lui même déjà, avait entretenu avec le Temple de Jérusalem et ses rituels de sacrifices sanglants ou d'offrandes de l'encens, un rapport personnel complexe. Certes, il montait au Temple pour prier à chacune des trois grandes fêtes juives et avait offert l'agneau pascal en sacrifice, mais il contestait en même temps, dans la lignée des prophètes, l'efficacité de ces rites extérieurs et plus encore le pouvoir des prêtres, au nom d'un Dieu qui préfère la miséricorde aux sacrifices.

En témoigne son geste violent d'indignation, chassant les marchands du Temple. De toute son âme, il voulait que la maison de son Père fût une maison de prière et non un repaire de trafic rituel. Il devait payer de sa vie cette contestation.

Nous-mêmes, avouons-le, avons souvent à l'égard de l'Église une attitude ambiguë. Nous rejetons le formalisme spectaculaire de ses rites et le déficit en compassion humaine de ses lois et obligations. Pourtant, nous voici rassemblés ce dimanche pour écouter la Parole de Dieu et célébrer Jésus, mort et ressuscité, en communiant à son corps et à son sang en signe d'Alliance éternelle d'amour. Et ces réunions en mémoire de Jésus, nous les tenons en des lieux de prière que nous appelons églises. Lieux de pierre ou de béton lézardé, dédiés à la prière, à l'écoute de la Parole de Dieu et à l'eucharistie, lieux imprégnés, au fil du temps, de la foi confessante de nos frères et soeurs qui nous y ont précédés.

Il nous faut sans cesse, nous aussi, balayer nos habitudes et nos comportements des multiples et insidieuses formes matérialisantes de notre adoration. Le Temple véritable de Dieu, c'est le corps de Jésus vivant, né d'une femme de notre race, ayant tout partagé de notre condition humaine, hormis le péché, corps qui garde inscrit dans sa chair les stigmates de sa passion d'amour pour nous, passion qui alla jusqu'à nous donner son corps et son sang en nourriture de vie éternelle.

De cette Église du Verbe incarné, vivant au milieu de nous jusqu'à la fin des temps, nous sommes les pierres vivantes, Jésus ressuscité en est la pierre angulaire. Sans cesse, nous rappelle saint Paul, nous portons dans nos corps l'agonie de Jésus afin que sa vie soit, elle aussi, manifestée dans nos corps.

Je rêve d'une Église dont les pauvres seraient les véritables pierres angulaires, pour laquelle nous serions animés du même zèle que Jésus. Je rêve que le zèle des responsables politiques qui s'est si rapidement et si efficacement mobilisé ces derniers mois pour faire face à la crise financière mondiale, ose s'attaquer avec la même ferveur aux problèmes de la faim et de la pauvreté dans notre monde où un enfant meurt de faim toutes les trois minutes.

Ne serait-ce pas là, la dédicace véritable de la basilique du Latran, église cathédrale de l'évêque de Rome ?

Fr. Daniel Gobert, o.p.

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