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"Castellucci laisse le visage du Christ intact !"

Professeur d’histoire des religions à la faculté de théologie de l’université Marc-Bloch à Strasbourg, et historien de l’art, le fr. François-Dominique Boespflug réagit à l’actualité de ces dernières semaines dans le Journal La Vie.

Que vous inspire le tapage actuel autour de la pièce de Castellucci ?
Je suis triste qu’on se scandalise autant de ces attaques supposées contre la foi. Le christianisme est le seul des trois monothéismes à penser qu’il y a un grand profit spirituel à déclarer qui est Dieu à l’aide d’images, et à fréquenter celles-ci. Parce qu’il est intrinsèquement « iconophile », il ne peut se dispenser d’endurer les agressions de ses images. Dieu s’est fait homme, visible, donc il peut être représenté ; et si on diffuse des images, il faut s’attendre à ce qu’elles soient taguées ou défigurées ! Depuis toujours le christianisme est vulnérable en ses représentations, c’est dans sa vocation de l’accepter. L’islam, par définition, échappe à cette tension, puisqu’il n’y a pas de portrait possible du Prophète.

Y a-t-il une exacerbation de la caricature antichrétienne aujourd’hui ?
Pendant très longtemps, le blasphème en mots ou en images a été sévèrement réprimé par le pouvoir et puni par la loi. Et puis la civilisation était profondément chrétienne, et une culture pétrie de religion ne produit que peu de blasphémateurs. C’est à l’époque des Lumières que le rapport de la culture avec le christianisme est devenu polémique. La loi sanctionnant le blasphème est devenue carrément inapplicable à partir de la Commune de Paris, en 1871. Paris est alors devenu la capitale du blasphème, avec une explosion des dessins anti­religieux dans les journaux. Depuis lors, la caricature va et vient, selon les décennies et les pays. Dans l’art contemporain, les agressions de la foi en ses images les plus vulnérables sont assez fréquentes. Je pense que notre société a un énorme contentieux envers le christianisme car elle sait lui devoir énormément ; c’est un conflit de nature œdipienne !

Comment réagir avec justesse ?
Il y a une infinité de réactions possibles, tout autres que le silence ou la manifestation bannière du cœur de Jésus à la main ! Nous devons absolument gagner en intelligence et sortir de l’alternative silence inhibé-condamnation « encolérée ». La priorité est de replacer toutes ces affaires d’images dans le contexte de l’histoire longue de l’agression des figures du christianisme. Ce qui se passe doit être interprété. Je maintiens ainsi que parler de blasphème dans la pièce de Castellucci est une analyse très plate. On y voit aussi une fascination, et même une prise à témoin – qui a quelque chose de miraculeux et d’émouvant– de la dégradation d’un vieil homme par celui, le Christ, qui est la source de notre dignité. En fait, la plupart des avant-gardes restent fascinées par la figure de Jésus. Je crois vraiment à la nécessité de créer un observatoire des affaires d’images religieuses, qui serait à même, à la fois d’informer en amont, et de réagir de façon documentée et opportune en aval.

La suite sur le site de l'hebdomadaire La VIe...

"Castellucci laisse le visage du Christ intact !"