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الأخ بيار جانوار الأخ بيار جانوار مقيم في الوقت الحالي في دير بواتيه ويقضي هناك سنـة عمل رسولي.
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أي كلمــات تقول المعــانــاة ؟

Membre d’une équipe d’aumônerie d’hôpital dans un centre de lutte contre le cancer, on m’interroge parfois sur ce qui m’a le plus frappé lors de mes premières visites. Incontestablement, c’est la pauvreté et l’inégalité devant la maladie et la souffrance. On dénonce souvent les difficultés d’accès aux soins pour les plus modestes, des diagnostics plus tardifs, la précarité matérielle. Certes, des progrès restent à faire et il est nécessaire de rester vigilants, mais de nombreuses mesures ont été prises ces dernières décennies pour assurer autant que possible la prise en charge médicale. Non, ce n’est pas de cette inégalité là dont je suis d’abord témoin en visitant chaque semaine le même service, mais c’est de l’inégalité des mots.

Il y a quelque temps, j’entre dans une chambre occupée par un homme hospitalisé et son épouse. Visiblement heureux de recevoir une petite visite de l’aumônerie, le patient retrousse sa manche et me montre un tatouage. A côté du prénom de sa mère et d’un cœur portant les initiales d’une de ses conquêtes de jeunesse, figurait le visage du Christ ! Tout était dit. Certes j’essayai bien de rebondir, de « reformuler » comme disent les psys ! Visiblement je parlais chinois. La santé de ses chiens, la préparation de la coupe du monde et le dernier concert de Johnny occupèrent bien vite tout l’espace. Et encore, ce ne fut pas de tout repos ! Je me suis rapidement trouvé face à un défi auquel rien ne m’avait préparé. Entendre raconter la souffrance, voir des scènes repoussantes, c’est toujours difficile, mais ce n’est pas une surprise. Mais essayer de parler une langue que je ne connaissais pas, caler ma grammaire sur celle de mon interlocuteur, n’utiliser que ses mots à lui pour me faire comprendre… ce fut plus épuisant qu’un cours de philosophie !

Francophones de souche ou non, pour certains s’ajoute à la douleur physique et à l’angoisse de l’avenir un mur de silence. Quand on n’a pas la facilité d’expression nécessaire pour expliquer au médecin ce qui ne va pas, quand le vocabulaire manque pour comprendre ce que les soignants vous racontent, quand on n’a pas de quoi dire sa souffrance quand le psychologue passe… quand on est angoissé mais qu’on n’a pas les mots pour parler de la vie, de la mort… de sa vie, de sa mort ! Pourtant, devant les questions fondamentales, le cri intérieur de l’homme est bien le même quelle que soit son éducation ! Comment parler de sa révolte, de Dieu, d’une Espérance qui nous habite, comment échanger avec l’aumônier quand on n’a pas l’habitude de parler, si ce n’est à son chien, ou quand la télévision est la seule marque de culture ?

Pour nous chrétiens envoyés auprès des malades, comment annoncer l’Evangile, la Bonne nouvelle du Christ, présent aujourd’hui sur nos chemins de croix et premier-né d’entre les morts, quand on a l’impression de ne pas parler la même langue ? Les gestes, le silence peuvent dire davantage que des mots, mais il est parfois nécessaire de faire l’effort d’apprendre la langue des gens à qui on s’adresse. Ce qu’on est en droit d’attendre des médecins, nous, hommes et femmes de l’Eglise, devons aussi l’exiger pour nous-mêmes. Avec un petit effort, on peut en dire et en comprendre des choses, avec un vocabulaire de quatre cents mots, ou même simplement, à demi-mots !

أي كلمــات تقول المعــانــاة ؟